L’Algérie criminalise la colonisation française : une loi historique adoptée
Il aura fallu 63 années d’attente, de débats avortés et de tentatives parlementaires inabouties pour que l’Algérie franchisse enfin un pas décisif dans la reconnaissance de son histoire. Ce mercredi, l’Assemblée populaire nationale a adopté à l’unanimité la loi criminalisant la colonisation française en Algérie entre 1830 et 1962, qualifiée désormais de crime d’État imprescriptible.
Ce vote marque un tournant majeur dans l’histoire politique et mémorielle du pays. Il consacre une exigence portée de longue date par le peuple algérien, celle de la vérité historique et de la justice face à 132 années de domination coloniale, de violences systématiques et de spoliations.
Une Assemblée unie, un moment de gravité nationale
Réunis en séance plénière, 158 députés présents ont voté en faveur du texte, dans une atmosphère empreinte de solennité et d’émotion. Aucun clivage partisan, aucune opposition : le Parlement s’est exprimé d’une seule voix.
La rédaction d’Atipik a obtenu une déclaration exclusive du président de l’Assemblée populaire nationale, Ibrahim Boughali, qui a souligné la portée exceptionnelle de ce moment :
« J’ai présidé aujourd’hui un Parlement uni autour du peuple algérien, face aux injustices et aux atrocités subies durant la colonisation française. Il n’y avait ni opposition ni majorité, mais des députés fiers d’avoir accompli un geste fort et digne pour l’histoire de ce pays millénaire. »
Une loi de mémoire, de vérité et de responsabilité
Le texte adopté qualifie explicitement la colonisation française de crime d’État, en s’appuyant sur les faits documentés de l’histoire algérienne. Il évoque notamment :
• les massacres de populations civiles et les exécutions collectives,
• la torture institutionnalisée,
• les enfumades, les déportations et les disparitions forcées,
• les exécutions sommaires et les corps jetés depuis les airs,
• les essais nucléaires et chimiques dans le Sahara et leurs conséquences durables,
• le pillage des terres, des richesses et la destruction du tissu social.
Entre 1830 et 1962, près de trois millions d’Algériens ont péri sous les différentes formes de violence coloniale.
Ce que prévoit la loi
Au-delà de la reconnaissance des crimes, la loi fixe plusieurs orientations majeures :
• la demande officielle d’excuses de l’État français ;
• la revendication de réparations morales et matérielles, notamment pour les victimes des essais nucléaires ;
• la criminalisation de toute apologie ou justification de la colonisation, avec des sanctions pénales prévues ;
• la mise en place de dispositifs institutionnels dédiés à la préservation et à la transmission de la mémoire nationale.
L’aboutissement d’un long combat parlementaire
Cette loi est l’aboutissement d’un combat engagé depuis des décennies. Dès 2001, un député du Front des forces socialistes (FFS) avait déposé un premier projet visant à criminaliser la colonisation, sans parvenir à son adoption. Vingt-quatre ans plus tard, l’Algérie comble enfin ce vide juridique et symbolique.
Perspectives : de la loi à l’action
L’adoption de ce texte ouvre désormais un nouveau champ politique, juridique et diplomatique. Les autorités entendent engager des mécanismes de mise en œuvre concrets, à travers la création de commissions nationales de mémoire, la consolidation des archives historiques et l’intégration renforcée de cette période dans les programmes éducatifs.
Sur le plan international, la loi offre à l’Algérie un socle juridique et moral pour porter la question des crimes coloniaux devant les instances compétentes et réclamer, avec constance, reconnaissance, excuses et réparations. Elle pose également les bases d’un dialogue futur avec la France, fondé non sur l’oubli ou la relativisation, mais sur la vérité et la responsabilité.
Un message à l’histoire et aux générations futures
Par ce vote, l’Algérie affirme que sa mémoire n’est ni négociable ni révisable. Elle rappelle que la réconciliation ne peut se construire que sur la reconnaissance des faits, la vérité historique et le respect de la dignité des peuples.
Le 24 décembre 2025 s’inscrit désormais comme une date fondatrice, non seulement dans les annales parlementaires, mais dans la conscience nationale algérienne.
