Libye : Seif El Islam Khadafi n’est plus. A qui profite le crime ?
La Libye s’est réveillée orpheline, une fois encore.
Le 3 février 2026, Seif el-Islam Kadhafi a été assassiné. Avec lui, ce n’est pas seulement un homme qui tombe, mais une possibilité, une voie que des millions de Libyens regardaient comme une issue politique après quinze années de chaos.
Seif était populaire, qu’on l’aime ou qu’on le rejette. Il incarnait, pour une partie importante du peuple, la mémoire d’un État, la promesse d’un retour à la souveraineté, à l’ordre, à une Libye qui décide par elle-même. Il se préparait aux élections. Il dérangeait. Et en Libye, déranger coûte souvent la vie.
Un assassinat qui plonge le pays dans l’inconnu
Cet assassinat ouvre une période sombre.
Sans Seif, le champ politique se vide d’une figure capable de fédérer au-delà des lignes de fracture. La Libye retombe dans ce qu’elle connaît trop bien : l’incertitude, la peur, les règlements de comptes.
Qui a intérêt à ce silence imposé par les balles ?
À qui profite le crime ?
La question brûle toutes les lèvres.
• Abdelhamid Dbeibah, chef du gouvernement de Tripoli, voyait en Seif un rival redoutable, capable de capter une légitimité populaire que les institutions actuelles n’ont jamais eue.
• Khalifa Haftar, homme fort de l’Est, n’ignorait pas que Seif pouvait devenir une alternative nationale, ni milicienne ni militaire, capable de parler à toutes les tribus.
Seif ne dépendait ni de Tripoli, ni de Benghazi.
Et c’est précisément cela qui le rendait dangereux.
Les ombres étrangères
La Libye n’est jamais seule dans ses tragédies.
Autour d’elle gravitent des puissances étrangères qui redoutent toute figure capable de restaurer un État fort :
• des intérêts énergétiques qui prospèrent sur l’instabilité,
• des acteurs régionaux qui préfèrent une Libye fragmentée,
• des puissances occidentales qui parlent de démocratie mais redoutent un leadership non aligné.
Un Seif président, c’était une Libye imprévisible, souveraine, ingérable de l’extérieur.
Cela, beaucoup ne pouvaient l’accepter.
Une nation immense, un peuple trop peu nombreux pour tant de convoitises
La Libye est un paradoxe cruel.
Un immense pays, aux ressources colossales, peu peuplé, mais pillé depuis des décennies.
Une terre de civilisations berbères, de grandeur romaine – Leptis Magna, Sabratha – une histoire méditerranéenne profonde, africaine et arabe à la fois.
Ce pays aurait dû être un pont.
Il est devenu un champ de bataille.
Le peuple libyen, encore et toujours sacrifié
Ce sont toujours les Libyens qui paient.
Ceux qui espéraient voter.
Ceux qui rêvaient de stabilité.
Ceux qui voulaient simplement vivre dans un État normal.
L’assassinat de Seif el-Islam Kadhafi n’efface pas les débats sur son héritage, mais il enlève au peuple libyen le droit de trancher par les urnes. Et cela, aucune arme, aucun camp, aucune puissance étrangère ne pourra jamais le justifier.
La Libye n’avait pas besoin d’un mort de plus.
Elle avait besoin d’un choix.
Aujourd’hui, elle se retrouve face à l’inconnu.
Et une fois encore, le peuple libyen pleure pendant que d’autres calculent.
