« Allô, Monsieur le Procureur ? Vous pourriez libérer quelqu’un ? » — Le coup de fil qui a mis le Parlement bruxellois en ébullition
Il y a des coups de téléphone qui changent une journée. Et puis il y a ceux qui déclenchent une petite tempête médiatique au Parlement bruxellois.
Selon une information révélée par le procureur du Roi lors d’une conférence de presse, un député bruxellois aurait pris contact avec le parquet afin de demander la libération d’un détenu.
Le procureur n’a cependant donné ni le nom du député ni celui de la personne détenue. Une prudence qui n’a pas empêché l’imagination de fonctionner à plein régime dans les couloirs de la politique bruxelloise.
Le mystérieux « député X »
Il n’en fallait évidemment pas davantage pour que certains journalistes se lancent dans une véritable chasse au « député X ».
Direction : le Parlement bruxellois.
La méthode ? Simple, presque artisanale : prendre les députés les uns après les autres et leur poser la même question, toutes tendances politiques confondues :
« Est-ce vous, le député qui a téléphoné au procureur ? »
Ambiance garantie.
Les élus interrogés auraient, chacun à leur manière, pris leurs distances avec cette histoire. Certains auraient même expliqué, avec une pointe d’ironie, qu’il faudrait être particulièrement téméraire — ou avoir oublié quelques principes élémentaires de notre système institutionnel — pour demander directement au parquet de faire libérer un détenu.
« Vous avez dit séparation des pouvoirs ? »
L’affaire rappelle en tout cas une règle fondamentale du fonctionnement de l’État belge : le pouvoir politique et l’autorité judiciaire ne sont pas censés fonctionner avec un téléphone rouge permettant de commander un résultat judiciaire.
Le député peut poser des questions, interpeller, légiférer, contrôler le gouvernement… mais le parquet et les autorités judiciaires disposent de leurs propres compétences et responsabilités.
Bref, en théorie, le Parlement n’est pas un service après-vente du parquet.
Et c’est précisément ce qui donne à cette affaire un petit parfum de comédie politique : tandis que le procureur évoque un appel sans révéler l’identité de son auteur, une partie de la presse s’est mise à jouer aux détectives dans les couloirs du Parlement.
Tous coupables… jusqu’à preuve du contraire ?
Le plus amusant — si l’on peut dire — est peut-être la scène qui s’est ensuivie.
Un député par-ci : « Ce n’est pas moi. »
Un autre par-là : « Il faut être fou pour faire ça. »
Un troisième, manifestement peu désireux d’hériter du mystérieux coup de téléphone : « Je n’ai rien à voir avec cette histoire. »
Et pendant ce temps, le véritable auteur présumé de l’appel reste confortablement caché derrière l’anonymat maintenu par le procureur.
Résultat : tout le monde est interrogé, personne n’avoue, et le téléphone du parquet devient presque la vedette de la journée.
Le grand jeu : « Qui a appelé le procureur ? »
On pourrait presque imaginer une nouvelle attraction parlementaire :
« Qui veut gagner le procureur ? »
Principe du jeu : retrouver lequel des élus bruxellois aurait décroché son téléphone pour intervenir dans un dossier judiciaire.
Sauf qu’en démocratie, la véritable question n’est peut-être pas seulement « Qui a téléphoné ? », mais surtout « pourquoi ? » et « dans quel cadre ? »
Car si les faits rapportés sont exacts, une intervention politique auprès du parquet pour obtenir la libération d’un détenu soulèverait évidemment des questions sérieuses sur les limites entre intervention politique et fonctionnement de la justice.
Pour le reste, tant que l’identité du député n’est pas officiellement établie, les noms qui circulent dans les couloirs restent des noms qui circulent dans les couloirs.
Et dans un Parlement, comme dans un café bruxellois, la rumeur va parfois beaucoup plus vite que la procédure judiciaire.
Une chose est certaine : le mystérieux député peut, pour l’instant, continuer à écouter son téléphone sonner… sans répondre à la question que tout Bruxelles se pose :
« C’était qui, au bout du fil ? »

