Mongolie : le pays qui cherche un « troisième voisin » entre la Russie et la Chine
Trois millions et demi d’habitants, aucun accès à la mer, et pour voisins la Russie et la Chine. La Mongolie cherche depuis trente ans des partenaires qui lui permettent de respirer, et l’Union européenne veut en être un. Minerais critiques, corridors de transport, climat : Atipik Info explore une relation encore modeste dans les chiffres, mais de plus en plus stratégique. Les relations UE- Mongolie est notre dossier du mois.
Quand une délégation européenne atterrit à Oulan-Bator, elle ne se rend pas dans un pays comme les autres. Prise en étau entre Moscou et Pékin, la Mongolie, 3,5 millions d’habitants et aucun accès à la mer, a fait de sa position une doctrine : celle du « troisième voisin ».
L’expression est d’origine américaine. Elle a été prononcée pour la première fois par James Baker, alors secrétaire d’État, dans un discours adressé aux Mongols en août 1990, au lendemain de la révolution démocratique. Mongolie l’a ensuite adoptée et érigée en principe : nouer des relations politiques et économiques avec des puissances éloignées (États-Unis, Japon, Corée du Sud, Union européenne) pour ne dépendre exclusivement d’aucun de ses deux voisins. Les spécialistes soulignent qu’il ne s’agit pas d’un simple euphémisme pro-américain, mais d’un consensus national né après 1990.
Bruxelles a adopté ce vocabulaire. À chaque réunion bilatérale, l’UE répète son soutien à la politique du troisième voisin et salue le rôle de la Mongolie dans la coopération multilatérale. La dernière en date, le 29 juin 2026 à Bruxelles, a vu les deux parties réaffirmer un partenariat fondé sur la démocratie, les droits de l’homme, l’État de droit et le multilatéralisme.
Ce partenariat repose sur un accord-cadre de partenariat et de coopération, qui remplace l’accord commercial de 1993. Le Parlement européen l’a approuvé par 619 voix contre 63, en soulignant le rôle pivot que la Mongolie peut jouer entre les économies de la région. Le dialogue s’est depuis élargi aux forêts, aux énergies renouvelables et à la connectivité numérique. Des formations communes pour les casques bleus mongols ont aussi été organisées, signe d’une coopération qui touche désormais la sécurité.
Sur le plan parlementaire, une délégation du Parlement européen en visite à Oulan-Bator a indiqué que l’institution avait demandé à la Commission et au Conseil d’ouvrir des négociations sur la facilitation des visas pour les Mongols, sur le modèle de l’accord conclu avec le Kazakhstan. Un dossier très concret pour les étudiants et les entrepreneurs, qui montre l’ambition de passer des principes aux liens quotidiens.
Reste que le rapport de forces est écrasant. En 2023, la Chine absorbait 84 % des exportations mongoles, contre 1,1 % pour l’UE. Cette asymétrie explique la prudence d’Oulan-Bator. Elle s’est vue le 3 septembre 2024, lorsque Vladimir Poutine a été reçu en Mongolie sans être arrêté, alors que la Cour pénale internationale a émis un mandat contre lui et que la Mongolie en est membre. L’UE a exprimé ses regrets. Le gouvernement mongol a répondu qu’il ne pouvait pas l’arrêter en raison de sa dépendance énergétique. L’épisode a rappelé que, face à la géographie, le soutien européen a des limites.
La doctrine du « troisième voisin » est donc autant un pari qu’une politique : celui d’un pays qui espère que l’attention de partenaires lointains lui donnera de la marge face à deux géants proches. Pour l’Europe, l’enjeu est de savoir si elle peut offrir davantage que des déclarations. Les minerais, les routes et le climat, objets des prochains articles de ce dossier, en seront le test.
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