Au Cinquantenaire, la Belgique rend hommage à Nordine El Talbi, policier tombé en service
Plus d’un millier de personnes, en grande majorité des policiers venus de toutes les régions du pays, se sont réunies ce vendredi 16 octobre sous les arches du Cinquantenaire, à Bruxelles, pour rendre hommage au premier inspecteur Nordine El Talbi, tué par balle dans la nuit du 12 au 13 octobre lors d’une intervention à Jette. À 41 ans, ce membre de la Brigade anti-agression de la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles laisse derrière lui une famille endeuillée et des collègues profondément marqués par sa disparition.
La cérémonie a rassemblé des représentants des forces de l’ordre, des autorités politiques et judiciaires, ainsi qu’un représentant du Palais royal. Sous les arches du monument, l’hommage a dépassé les rangs de son unité : c’est toute une profession qui s’est retrouvée pour saluer la mémoire d’un homme mort dans l’exercice de ses fonctions.
À 11 h 30, une minute de silence a été observée. Les témoignages de ses collègues ont rappelé son engagement professionnel, mais aussi son humour, sa générosité et son attachement à Bruxelles. Une distinction honorifique lui a également été décernée à titre posthume : la Croix civique de première classe, en reconnaissance de son courage, de son dévouement et de son humanité.
Les faits : une intervention après un car-jacking à Tubize
Dans la nuit du lundi 12 au mardi 13 octobre, un violent car-jacking est commis à Tubize. Le véhicule dérobé est ensuite repéré sur le ring de Bruxelles grâce aux caméras de reconnaissance des plaques d’immatriculation, avant d’être localisé avenue Carton de Wiart, à Jette.
Vers 00 h 45, Nordine El Talbi est envoyé en reconnaissance à pied, en civil, afin d’observer le véhicule. Il intervient dans le cadre d’une opération policière préparée avec des équipes en retrait.
C’est au cours de cette mission qu’il est atteint d’une balle à la tête. Inquiets de ne plus avoir de nouvelles de leur collègue, des policiers partent à sa recherche et le découvrent grièvement blessé. Il succombe peu après à l’hôpital.
L’enquête s’oriente notamment vers un possible lien avec le milieu du narcotrafic, après la découverte de stupéfiants dans le véhicule. Plusieurs suspects ont été interpellés. Les circonstances précises du tir et les responsabilités individuelles doivent être établies par la justice, dans le respect de la présomption d’innocence.
« James », un policier déterminé et profondément humain
Au-delà des circonstances tragiques de sa mort, les témoignages recueillis dessinent le portrait d’un policier profondément attaché à son métier et à la ville qu’il servait.
Originaire de Sambreville, Nordine El Talbi avait rejoint la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles en 2009. Après plusieurs années sur le terrain, il intègre en 2019 la Brigade anti-agression, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences et les formes de criminalité les plus dangereuses.
Ses collègues le surnommaient « James », en référence à James Bond.
Cette appellation évoque aussi sa détermination. Nordine aurait tenté à six reprises de réussir les épreuves d’admission à cette unité. Là où d’autres auraient pu renoncer, il a persévéré jusqu’à atteindre son objectif. Cette ténacité, évoquée lors de l’hommage, résume une partie de son parcours professionnel.
Mais derrière le policier expérimenté se trouvait aussi un homme attaché aux plaisirs simples de la vie. Passionné d’apiculture, il produisait son propre miel. Ses collègues se souviennent de son humour, de sa générosité et de ces moments partagés autour d’un repas.
Sa relation avec les habitants de Bruxelles occupait également une place importante dans les témoignages. Policier de terrain, il savait nouer le dialogue, apaiser les tensions et établir un contact humain avec des citoyens d’origines et de milieux différents.
Une disparition qui interroge sur la sécurité à Bruxelles
La mort de Nordine El Talbi intervient alors que les violences armées et les activités liées au narcotrafic constituent des préoccupations majeures pour les autorités bruxelloises.
Son décès rappelle les risques auxquels sont exposés les policiers lorsqu’ils interviennent sur le terrain, parfois dans des circonstances où le danger ne peut être immédiatement identifié. Il soulève également la question des moyens dont disposent les forces de l’ordre pour lutter contre les réseaux criminels tout en assurant leur propre sécurité.
La justice devra établir les faits et déterminer les responsabilités. Mais au-delà de l’enquête judiciaire, cette tragédie rappelle qu’une intervention policière n’est jamais une simple opération administrative : derrière chaque uniforme, il y a une personne, une famille et des collègues qui attendent son retour.
La cérémonie du Cinquantenaire ne pouvait rendre à sa famille l’homme qu’elle a perdu. Elle a toutefois offert à ses proches, à ses collègues et aux autorités un lieu pour exprimer leur peine et leur reconnaissance.
Ce 16 octobre, sous les arches du Cinquantenaire, la Belgique a rendu hommage à un policier tombé en service. Ses collègues, eux, ont salué un frère d’armes, un ami et un homme dont ils n’oublieront ni le courage ni l’humanité.

