Accord UE–Mercosur : pourquoi la signature d’Ursula von der Leyen met le feu aux campagnes européennes
Ces derniers jours, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a relancé le processus de signature de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). Une annonce qui a immédiatement ravivé la colère d’une grande partie des agriculteurs européens. Grèves, barrages routiers, manifestations devant les institutions : le malaise agricole, déjà profond, s’est transformé en crise politique.
De quoi parle-t-on exactement ?
L’accord UE–Mercosur est un traité commercial négocié depuis plus de vingt ans. Son objectif est simple sur le papier : faciliter les échanges entre les deux blocs en réduisant les droits de douane.
Concrètement, cela signifie plus d’exportations européennes (voitures, produits pharmaceutiques, services) vers l’Amérique du Sud, et en retour davantage d’importations agricoles sud-américaines vers l’Europe : viande bovine, volaille, sucre, soja.
Pourquoi les agriculteurs européens sont-ils en colère ?
Pour beaucoup d’agriculteurs, cet accord est vécu comme une injustice majeure.
• Concurrence jugée déloyale : les producteurs du Mercosur n’ont pas toujours les mêmes normes sanitaires, environnementales ou sociales que celles imposées aux agriculteurs européens.
• Pression sur les prix : l’arrivée de produits moins chers risque de faire chuter les revenus agricoles en Europe.
• Contradiction politique : on demande aux agriculteurs européens de produire plus vert, plus cher et avec plus de contraintes, tout en ouvrant le marché à des produits ne respectant pas ces exigences.
Pour eux, l’accord Mercosur devient le symbole d’une mondialisation subie et d’un sentiment d’abandon.
Quel est le rôle du Parlement européen ?
Contrairement à une idée répandue, le Parlement européen n’est pas spectateur.
• Il ne négocie pas l’accord : cette mission revient à la Commission européenne.
• Mais il doit l’approuver : sans un vote favorable du Parlement, l’accord ne peut pas entrer pleinement en vigueur.
• Il est divisé : certains eurodéputés soutiennent l’accord au nom de la compétitivité économique et de la géopolitique. D’autres s’y opposent fermement pour défendre l’agriculture, l’environnement et la souveraineté alimentaire.
Plusieurs groupes politiques réclament des garanties supplémentaires, voire un gel pur et simple du texte.
Pourquoi ce dossier est-il explosif politiquement ?
Le timing est particulièrement sensible.
• L’Europe sort d’une vague de mobilisations agricoles historiques.
• Les élections européennes ont renforcé les partis critiques de la politique commerciale actuelle.
• La question agricole est devenue un marqueur politique central, entre défense des territoires ruraux et logique de marché.
En avançant sur Mercosur, la Commission donne le sentiment d’ignorer la colère du terrain, ce qui alimente la défiance envers Bruxelles.
Que peut-il se passer maintenant ?
Plusieurs scénarios sont possibles :
1. Blocage politique : le Parlement européen pourrait refuser de ratifier l’accord.
2. Renégociation partielle : ajout de clauses de sauvegarde pour protéger certains secteurs agricoles.
3. Application fragmentée : certains volets commerciaux entreraient en vigueur, d’autres seraient gelés.
Une chose est sûre : l’accord UE–Mercosur n’est plus un simple traité commercial. Il est devenu un test majeur de la capacité de l’Union européenne à concilier commerce international, justice sociale et respect de ses propres règles.
