Algérie–Allemagne : un vent de rapprochement entre diplomatie, humanité et énergie verte
Les relations entre Alger et Berlin s’apprêtent à franchir un nouveau cap. Alors que le président Abdelmadjid Tebboune doit se rendre prochainement en Allemagne, sur invitation de son homologue Frank-Walter Steinmeier, plusieurs signaux confirment un resserrement des liens entre les deux pays, sur fond de diplomatie humanitaire et de coopération énergétique.
Un appel à la clémence
Le président allemand a lancé, lundi 10 novembre, un appel solennel à son homologue algérien pour gracier l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, détenu depuis un an. Frank-Walter Steinmeier a proposé que l’auteur soit transféré en Allemagne pour y recevoir des soins médicaux, évoquant « son âge avancé et son état de santé fragile ».
Derrière ce geste humanitaire, Berlin envoie un signal politique : celui d’un dialogue renoué avec Alger après plusieurs mois de crispations régionales. Cette demande intervient à la veille d’une visite officielle très attendue du président Tebboune en Allemagne, prévue à la suite de l’invitation formulée par le président Steinmeier en juillet dernier.
Berlin, médiateur européen
L’Allemagne pourrait profiter de ce rapprochement pour jouer un rôle d’intermédiaire entre l’Algérie et l’Union européenne. Alger réclame en effet une réévaluation de son accord d’association avec l’UE, qu’elle juge défavorable à ses intérêts économiques.
Avec l’affaiblissement de l’influence française dans les institutions européennes, Berlin s’impose désormais comme la principale voix politique du continent. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, allemande elle aussi, pourrait être sensible à cette nouvelle dynamique. Un geste d’ouverture de la part d’Alger — comme la grâce de Sansal — faciliterait sans doute les discussions à Bruxelles.
L’énergie verte, un lien d’avenir
Au-delà des questions politiques, l’énergie reste le moteur du rapprochement. Depuis le lancement du programme Takati en 2023 à Arzew, l’Algérie ambitionne de devenir un acteur clé de la production d’hydrogène vert. Le pays vise à exporter à terme 10 % de la demande européenne grâce à un corridor transméditerranéen reliant l’Afrique du Nord à l’Europe, et notamment à l’Allemagne.
Berlin, en pleine transition énergétique, voit dans ce partenariat une opportunité stratégique pour sécuriser ses approvisionnements tout en soutenant une énergie propre. Plusieurs entreprises allemandes se disent déjà prêtes à investir dans le développement de cette filière en Algérie.
Vers une diplomatie du pragmatisme
L’affaire Sansal pourrait devenir le symbole d’une nouvelle ère diplomatique : un échange de gestes entre humanité et coopération, scellant un rapprochement durable. En soutenant la demande de grâce, l’Allemagne tend la main ; en retour, elle pourrait aider Alger à adoucir ses relations avec l’Union européenne et à défendre ses intérêts dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen.
Un tournant pour Alger et Berlin
Entre humanité, diplomatie et énergie verte, le nouvel élan algéro-allemand dépasse la simple relation bilatérale. Il illustre une Europe en recomposition, où Berlin devient un partenaire central pour une Algérie qui cherche à diversifier ses alliances et à s’affirmer comme acteur énergétique majeur.
La visite de Tebboune à Berlin pourrait bien marquer le début d’un partenariat stratégique et équilibré, fondé sur la confiance et la vision partagée d’un avenir durable.
