Capture de Nicolás Maduro : le monde arabe et la région MENA dénoncent une atteinte grave à la souveraineté
La capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis et l’annonce par Washington de son intention de superviser la transition politique au Venezuela ont suscité de vives réactions dans la région MENA, du Maghreb au Moyen-Orient. Si les positions diffèrent dans leur intensité, une ligne commune se dégage nettement : la dénonciation d’une violation de la souveraineté nationale et une profonde inquiétude face à un précédent jugé dangereux pour l’ordre international.
La Ligue arabe : rappel des principes fondamentaux
La Ligue arabe, par la voix de sources diplomatiques au Caire, a exprimé sa préoccupation face à l’évolution de la situation au Venezuela, rappelant son attachement aux principes de la souveraineté des États, de la non-ingérence et du règlement pacifique des différends.
Sans entrer dans une défense politique du régime de Nicolás Maduro, l’organisation panarabe insiste sur un point central : le changement de pouvoir par la force étrangère constitue une violation du droit international, quel que soit le jugement porté sur le dirigeant concerné. La Ligue appelle à une solution politique encadrée par les institutions internationales compétentes, en premier lieu les Nations unies.
Le Maghreb : solidarité souverainiste et méfiance historique
Algérie : rejet clair de l’ingérence
L’Algérie a adopté une position ferme, cohérente avec sa doctrine diplomatique traditionnelle. Alger dénonce une ingérence étrangère flagrante et rappelle que l’histoire récente a montré les conséquences déstabilisatrices des interventions extérieures dans les États souverains.
Les autorités algériennes soulignent que la légitimité internationale ne peut être redéfinie unilatéralement par une puissance, et appellent à un respect strict de la Charte de l’ONU.
Tunisie et Maroc : prudence et attachement au droit international
La Tunisie et le Maroc ont réagi avec plus de retenue, appelant au respect du droit international, à la stabilité régionale et à une solution politique pacifique. Les deux pays évitent toute escalade verbale, mais partagent une inquiétude commune face au précédent créé par l’arrestation extraterritoriale d’un chef d’État.
Moyen-Orient : condamnation politique et lecture stratégique
Iran : dénonciation virulente de l’« impérialisme »
Téhéran a vivement condamné l’opération américaine, la qualifiant de preuve supplémentaire de l’unilatéralisme et de l’hégémonisme américain. Pour l’Iran, allié stratégique du Venezuela depuis plusieurs années, cette capture confirme une lecture idéologique du monde fondée sur la domination par la force.
Les autorités iraniennes estiment que cet acte affaiblit gravement le droit international et justifie, selon elles, la nécessité pour les pays indépendants de renforcer leurs alliances face aux États-Unis.
Pays du Golfe : silence prudent et calcul stratégique
Les monarchies du Golfe ont adopté une posture plus discrète. Si aucune approbation officielle de l’opération américaine n’a été exprimée, les capitales du Golfe se gardent également d’une condamnation frontale.
Cette prudence s’explique par :
• leurs relations stratégiques avec Washington,
• leur souci de stabilité des marchés énergétiques,
• et leur volonté d’éviter toute polarisation diplomatique excessive.
Égypte : stabilité régionale et légalité internationale
Le Caire a insisté sur la nécessité de préserver la stabilité internationale et de respecter les cadres juridiques multilatéraux. L’Égypte rappelle que toute transition politique durable doit être menée dans un cadre légal reconnu, sans recours à la force.
Une mémoire collective marquée par les interventions étrangères
Dans l’ensemble du monde arabe et de la région MENA, la réaction est profondément influencée par une mémoire collective douloureuse : Irak, Libye, Syrie, Yémen. Pour de nombreux responsables et analystes arabes, la capture de Maduro ravive la crainte d’une normalisation du changement de régime par intervention extérieure, souvent suivie de chaos politique et de fragmentation étatique.
Cette lecture explique pourquoi, même dans les pays critiques envers Maduro, la condamnation de la méthode l’emporte sur le jugement porté sur l’homme.
Conclusion
La réaction des pays du Maghreb, du Moyen-Orient et de la Ligue arabe à la capture de Nicolás Maduro révèle une fracture profonde entre l’Occident et le Sud global. Dans la région MENA, le rejet de l’intervention américaine ne relève pas d’un soutien idéologique au régime vénézuélien, mais d’un refus de voir s’installer un précédent dangereux qui pourrait, demain, concerner d’autres États.
Au-delà du Venezuela, ces réactions traduisent une inquiétude majeure : celle d’un monde où la force primerait à nouveau sur le droit, et où la souveraineté deviendrait une notion variable selon les rapports de puissance.
