Compétitivité : l’Europe appelée à une réindustrialisation sociale et environnementale

À la veille d’une retraite informelle consacrée à la compétitivité, organisée dans le Limbourg par le président du Conseil européen Antonio Costa, les 27 chefs d’État et de gouvernement sont invités à repenser en profondeur le modèle économique européen. Objectif : renforcer le marché intérieur et répondre à un contexte géoéconomique de plus en plus tendu.

L’initiative est saluée, tant l’urgence est réelle. Selon Estelle Ceulemans, députée européenne (S&D) et coordinatrice Emploi et Affaires sociales, l’Union accuse un retard préoccupant. « Sur les 18 secteurs clés européens – énergie, acier, télécoms, chimie, automobile, etc. – un seul se porte mieux que ses concurrents américains ou chinois : l’aéronautique », souligne-t-elle. Elle plaide pour « une véritable stratégie industrielle européenne globale », ancrée dans les réalités des territoires, notamment en Wallonie et à Bruxelles, où industrie, recherche et services à haute valeur ajoutée constituent des leviers essentiels de redéploiement.

Au cœur des débats : le futur cadre financier pluriannuel 2028-2034. Pour la députée, l’Europe devra se doter d’un budget « volontariste et ambitieux », quitte à revoir ses règles budgétaires.

L’Union européenne fait face à des handicaps structurels : des prix de l’énergie élevés et un sous-investissement massif – deux fois inférieur à celui des États-Unis – notamment en brevets, R&D et équipements. Dans le même temps, la Chine subventionne largement son économie et investit massivement dans les secteurs stratégiques.

Le communiqué appelle à rompre avec trois orientations jugées contre-productives :

   •   la dérégulation des standards sociaux et environnementaux, source d’insécurité juridique et d’atteintes aux droits des travailleurs ;

   •   des règles de gouvernance économique associées à des politiques d’austérité limitant la capacité d’investissement des États membres ;

   •   des accords de libre-échange déséquilibrés, à l’image du récent accord UE-Inde, critiqué pour son asymétrie.

Pour ses défenseurs, l’autonomie stratégique européenne, intégrant la transition climatique, représente une opportunité majeure de créer des emplois de qualité et de relancer une production « Made in Europe » à haute valeur sociale et environnementale. Le récent rapport sur la Transition juste, adopté au Parlement européen, insiste notamment sur le renforcement de l’information et de la consultation des travailleurs ainsi que sur la formation tout au long de la vie.

Les constats dressés par les rapports Letta et Draghi confirment l’ampleur du défi. Mario Draghi estime que l’effort nécessaire pour combler le retard européen atteindrait entre 750 et 800 milliards d’euros par an d’ici 2030, soit près de 4,5 % du PIB de l’Union. Un investissement massif jugé indispensable pour relancer innovation, infrastructures, énergie et productivité.

Pour les signataires du communiqué, la compétitivité européenne ne pourra se construire sans une réindustrialisation assumée, sociale et écologique.

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