COP30 – L’Algérie face à son soleil : un géant énergétique qui tarde à embrasser la transition verte
Alors que la Conférence des Nations unies sur le climat (COP30) s’ouvre aujourd’hui à Belém, au Brésil, l’Algérie se présente à la table des négociations dans une position ambivalente. Le pays dispose d’un potentiel solaire colossal, l’un des plus élevés au monde, mais reste encore prisonnier de sa dépendance au gaz et au pétrole. À l’heure où plusieurs pays africains accélèrent leur transition énergétique, l’Algérie semble hésiter à exploiter pleinement l’atout que lui offre son soleil.
Un gisement solaire immense, des chiffres qui donnent le tournis
Le Sahara algérien reçoit chaque année plus de 3 000 kilowattheures par mètre carré d’énergie solaire, un chiffre place l’Algérie parmi les pays les plus ensoleillés de la planète. Selon l’Agence internationale de l’énergie, 1 % de la superficie du désert suffirait à produire l’équivalent de la consommation électrique du Maghreb et d’une partie de l’Europe.
Pourtant, la transition reste timide. Le programme « Solar 1000 MW », lancé en 2021 avec l’objectif de produire un gigawatt d’électricité solaire à travers le pays, progresse lentement. Quatre ans plus tard, à peine 600 mégawatts sont effectivement installés, soit moins de 3 % du mix énergétique national. Les centrales pilotes d’Ouargla, Laghouat et Adrar fonctionnent, mais beaucoup de projets peinent à démarrer, freinés par des lourdeurs administratives et un manque d’investissements étrangers.
« L’Algérie a un soleil d’or mais une bureaucratie de plomb », résume un expert en énergie basé à Alger. « Le potentiel est considérable, mais il faut un cadre clair pour attirer les investisseurs. »
Une dépendance tenace aux hydrocarbures
L’économie algérienne reste largement dominée par les hydrocarbures, qui représentent plus de 90 % des exportations et près de la moitié des recettes publiques. La compagnie nationale Sonatrach demeure le pilier du modèle économique. La hausse des prix du gaz sur les marchés internationaux, notamment depuis 2022, a renforcé cette dépendance et repoussé la diversification du secteur énergétique.
Cette situation garantit une stabilité financière à court terme, mais elle freine les investissements dans les énergies renouvelables. L’Algérie consacre encore moins de 2 % de son PIB à la transition verte, contre plus de 4 % pour son voisin marocain. Elle ne dispose ni d’une taxe carbone, ni d’un véritable marché de l’énergie verte.
Des ambitions affichées à la COP30
À Belém, la délégation algérienne met en avant son nouveau Plan national pour les énergies renouvelables à l’horizon 2035. Le texte prévoit la mise en service de 15 gigawatts de capacités vertes et une part de 30 % d’électricité produite à partir du solaire et de l’éolien. Le plan évoque également le développement de l’hydrogène vert, présenté comme un secteur d’avenir pour l’exportation vers l’Europe.
Mais pour beaucoup d’observateurs, les annonces ne suffisent pas. « Les ambitions sont là, mais les instruments de mise en œuvre restent limités », analyse Nadia Benhamou, chercheuse à l’Institut méditerranéen de l’énergie. « Il faut des réformes profondes pour libérer les investissements et rendre le cadre juridique plus attractif. »
Les leviers d’un possible réveil
L’Algérie est aujourd’hui 53eme mais pour espérer rejoindre, d’ici 2030, les dix premiers pays mondiaux en matière de performance climatique, plusieurs conditions apparaissent indispensables.
D’abord, une volonté politique forte, capable de placer la transition énergétique au cœur du développement national. Ensuite, une ouverture réelle du marché à l’investissement privé et aux partenariats internationaux. L’Algérie pourrait également miser sur l’hydrogène vert, en s’appuyant sur ses infrastructures gazières et sa proximité avec l’Europe. Enfin, la formation d’une nouvelle génération d’ingénieurs et d’entrepreneurs dans les technologies propres sera cruciale.
Entre inertie et espoir
L’Algérie dispose de tous les ingrédients pour réussir : le cinquième potentiel solaire mondial, une main-d’œuvre qualifiée et une position géographique stratégique. Mais pour transformer cette promesse en réussite, elle devra rompre avec la logique de rente et faire de la transition énergétique un projet national à part entière.
Le pays pourrait alors, à l’image de son voisin marocain, devenir un acteur majeur de la transition climatique en Afrique. Encore faut-il que les décisions prises à Belém ne restent pas lettre morte. Le soleil ne manque pas en Algérie ; il s’agit désormais de trouver la volonté politique de le faire briller.

Et pourquoi pas l’implantation d’usine de fabrication des panneaux solaires en Algérie.
Merci pour cet article, très encourageant pour l’avenir énergétique propre.