COP30 – Le Maroc, champion africain du climat sous pression
Alors que s’ouvre aujourd’hui la COP30 à Belém, au Brésil, le Maroc arrive avec le statut envié de leader africain de la transition énergétique. Reconnu depuis plusieurs années parmi les pays les plus performants au monde dans la lutte contre le réchauffement climatique, le royaume chérifien incarne sur le continent un modèle de volonté politique et de planification verte. Mais cette avance pourrait bientôt être contestée, notamment par son voisin algérien, qui commence à afficher ses propres ambitions.
Un modèle africain salué par la communauté internationale
Depuis plus d’une décennie, le Maroc a fait de la transition énergétique une priorité nationale. En 2024, il occupait la 7ᵉ place mondiale au classement de la performance climatique (Climate Change Performance Index), se hissant devant plusieurs pays européens. Ce résultat n’est pas un hasard : le royaume a investi massivement dans les énergies renouvelables, jusqu’à devenir une référence continentale.
Le Complexe solaire Noor Ouarzazate, l’un des plus grands au monde, illustre cette réussite. Capable de produire plus de 580 mégawatts, il alimente près d’un million de foyers et réduit les émissions de CO₂ de 760 000 tonnes par an. D’autres projets ont permis d’atteindre une capacité renouvelable totale de plus de 4 600 mégawatts en 2025, soit près de 40 % du mix électrique national.
Une stratégie fondée sur la vision et la stabilité
Derrière ces avancées se trouve une volonté politique claire. Le Maroc a fixé des objectifs ambitieux : 52 % d’électricité verte d’ici 2030 et la neutralité carbone à l’horizon 2050. Le pays s’appuie sur une agence dédiée, MASEN (Moroccan Agency for Sustainable Energy), qui coordonne les grands projets solaires et éoliens, en partenariat avec des investisseurs internationaux et des institutions financières telles que la Banque mondiale et l’Union européenne.
Cette stabilité institutionnelle et réglementaire a permis au Maroc de construire une gouvernance énergétique cohérente, où la planification et la transparence attirent les capitaux étrangers. Le pays compte aujourd’hui parmi les dix premières destinations mondiales pour les investissements dans les énergies renouvelables en Afrique et au Moyen-Orient.
La menace d’une concurrence régionale
Mais cette position de leadership pourrait être mise à l’épreuve. L’Algérie, riche en ressources solaires, semble prête à accélérer. Si Alger concrétise son programme « Solar 1000 MW » et ouvre enfin son marché à l’investissement international, le rapport de force pourrait s’équilibrer d’ici quelques années.
« Le Maroc a pris une avance indéniable grâce à une politique claire et à des partenariats solides », estime un analyste du think tank Africa Energy Forum. « Mais l’Algérie a un potentiel naturel supérieur. Si elle se libère de ses blocages bureaucratiques et mise sérieusement sur le solaire, elle pourrait rejoindre le Maroc dans le peloton de tête africain. »
Le Maroc observe donc avec attention les signaux venus d’Alger. La rivalité entre les deux puissances maghrébines pourrait, paradoxalement, accélérer la transition énergétique régionale, en stimulant une course à l’innovation verte.
Une diplomatie climatique active
Sur la scène internationale, le royaume joue aussi un rôle diplomatique majeur. Depuis la COP22 de Marrakech en 2016, il s’est imposé comme porte-voix du continent africain dans les négociations climatiques. À Belém, la délégation marocaine devrait insister sur la nécessité d’un financement équitable pour les pays du Sud et sur la création d’alliances régionales en matière d’hydrogène vert.
Le Maroc a d’ailleurs déjà pris les devants dans ce domaine : plusieurs projets pilotes d’hydrogène vert sont en cours, en partenariat avec l’Allemagne et le Japon. Le pays espère devenir un exportateur clé vers l’Europe d’ici 2035.
Entre consolidation et vigilance
Le Maroc reste aujourd’hui un exemple continental, salué pour sa cohérence stratégique et ses résultats concrets. Mais son avance n’est pas acquise. La transition énergétique mondiale s’accélère, et la concurrence africaine se renforce, notamment en Égypte, au Kenya et potentiellement en Algérie.
Pour conserver son leadership, le royaume devra maintenir le cap : investir davantage dans la recherche, soutenir les start-ups vertes et poursuivre la décentralisation énergétique. Le défi, désormais, n’est plus de prouver la faisabilité du modèle marocain, mais de le consolider face à la compétition régionale.
Le Maroc a ouvert la voie ; à lui de garder la lumière allumée.
