Emmanuel Macron face à l’environnement : entre discours et silences

Macron est en mal de présence politique à l’approche de la fin de son mandat, et douze mois, c’est long, surtout lorsque tout semble se dérober sous ses pieds. Il revient d’un voyage au Japon et en Corée du Sud, dont on a peu parlé. Il cherche toutes les occasions de remplir son agenda.

Ce dimanche, il a présidé un colloque à Lyon sur l’interdépendance entre la santé humaine, celle de la faune et celle de la végétation. En réalité, ce colloque s’est déroulé en deux temps : le samedi pour les scientifiques, puis le lendemain avec une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement, sous la présidence de Macron. Des conclusions de ce colloque, nous n’avons pratiquement rien su. Pourtant, l’importance de cette interdépendance est largement reconnue par les milieux scientifiques, notamment depuis l’épidémie de Covid-19.

Cet empressement du chef de l’État à se saisir des questions environnementales, qui concernent l’avenir de la planète, occulte un fait majeur : au cours de ses neuf années de mandat, il ne s’est jamais véritablement intéressé aux conséquences de nos campagnes d’essais nucléaires sur la santé des populations exposées aux retombées radioactives, lesquelles ont également affecté la faune, la végétation, sans parler de l’eau.

Comment ce chef d’État, si prolixe lorsqu’il s’agit de réunir les grands de ce monde, n’a-t-il pas pris l’initiative de présider un colloque où les dirigeants des pays détenteurs de l’arme nucléaire dresseraient le bilan des connaissances sur les conséquences de leurs essais ? La France aurait dû y jouer un rôle de premier plan, notamment en raison de ses essais menés dans le Sahara entre 1960 et 1966, exposant des populations nomades et sédentaires, dont le nombre reste mal connu. À titre de comparaison, les États-Unis ont utilisé le désert du Nouveau-Mexique en 1945, puis l’atoll inhabité de Bikini dans les années suivantes, tandis que la Grande-Bretagne, entre les années 1950 et 1960, a conduit ses essais dans le désert australien.

Concernant l’Algérie et le Sahara, nous savons que des enfants et des adultes ont été exposés, sans aucune protection, aux nuages radioactifs issus de ces essais. Il faut également compter l’irradiation de la faune, des productions agricoles et des ressources en eau consommées par des populations en constante augmentation. La ville de Tamanrasset en est un exemple : de quelques milliers d’habitants à l’époque, elle en compte aujourd’hui plus de 150 000. Elle se situe à seulement 150 km du Tan Affela, site de treize essais souterrains, dont certains ont connu des incidents majeurs, notamment l’essai Béryl.

Notre président a toujours évité de reconnaître pleinement la responsabilité de la France dans l’exposition des populations sahariennes, ainsi que le devoir de réparation qui en découle. Dès lors, son intérêt affiché pour l’environnement apparaît davantage comme une posture opportuniste que comme un engagement cohérent.

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