Le souffle d’une amitié retrouvée : la visite historique du Premier ministre vietnamien en Algérie
C’est une page forte de l’histoire diplomatique qui s’est écrite ce mercredi à Alger. Le Premier ministre vietnamien, Phạm Minh Chính, accompagné d’une délégation de haut niveau, a entamé une visite officielle profondément symbolique, couronnée par l’annonce d’un partenariat stratégique entre le Vietnam et l’Algérie — un pas décisif pour deux nations qui se connaissent depuis longtemps et se respectent profondément.
Une amitié née dans la lutte
Si cette visite marque un tournant, elle puise ses racines dans un passé où les deux pays, chacun à son bout du monde, ont mené deux des guerres les plus féroces du XXᵉ siècle. Le Vietnam contre l’armée la plus puissante du monde ; l’Algérie contre un empire colonial déterminé à ne rien lâcher.
Dans ces combats, un lien invisible mais solide s’est tissé entre deux peuples qui ont refusé de plier. Le Vietnam a été parmi les premiers à reconnaître le Gouvernement provisoire de la République algérienne, et cette solidarité de guerre a ouvert la voie à soixante années d’une relation exceptionnelle, faite de respect, d’admiration mutuelle et d’une véritable fraternité militante.
Signature et ambitions : un partenariat stratégique
Au cœur de cette visite, plusieurs protocoles ont été signés, touchant à l’éducation, à l’économie, à l’urbanisme, à la coopération administrative et à la facilitation du commerce.
Ces accords donnent un contenu concret au nouveau partenariat stratégique, une relation qui ne se limitera plus à l’échange amical mais qui s’inscrira désormais dans une vision commune, construite sur la durée.
Les deux dirigeants ont exprimé leur volonté d’intensifier la confiance politique, de multiplier les échanges de délégations et d’encourager la présence d’entreprises vietnamiennes en Algérie, notamment dans des secteurs clés comme l’énergie, l’agro-industrie ou la formation technique.
L’Algérie, de son côté, veut ouvrir un nouveau cycle de coopération industrielle avec Hanoï et relancer des projets communs mis en sommeil.
Un lien humain : les visages d’une relation
Derrière les signatures, il y a des histoires. Des familles algéro-vietnamiennes, nées au fil des décennies ; des vétérans qui se reconnaissent dans le regard de l’autre ; des étudiants qui découvrent un pays si lointain mais étrangement familier.
Phạm Minh Chính a souligné l’émotion particulière de cette visite, affirmant avoir retrouvé en Algérie « la chaleur humaine d’un peuple frère ».
Le président Tebboune, lui aussi, a rappelé que cette amitié traditionnelle est un trésor, transmis par les générations de combattants et de bâtisseurs qui ont façonné les deux nations modernes.
Une anecdote singulière : le “butin du français”
Avec une pointe d’ironie historique, les deux dirigeants ont évoqué un héritage commun : la langue française, paradoxalement devenue un outil de communication entre deux peuples que tout séparait.
Langue imposée aux deux nations par des puissances coloniales différentes, elle est devenue avec le temps une passerelle inattendue — un “butin de guerre” culturel que Vietnamiens et Algériens ont chacun apprivoisé à leur manière.
Un regard partagé vers le monde : le G20 en Afrique du Sud
Cette visite intervient alors que le Premier ministre vietnamien et le président algérien sont tous deux invités au Sommet du G20 en Afrique du Sud.
Un symbole fort : deux pays longtemps marginalisés sur la scène internationale, aujourd’hui courtisés pour leur influence régionale, leur stabilité politique et leur capacité à jouer un rôle dans un monde en recomposition.
Les deux capitales ont réaffirmé leur volonté de coordonner leurs positions dans les forums internationaux, de défendre un multilatéralisme équilibré, et de renforcer la coopération Sud-Sud — un axe qui unit Hanoï et Alger depuis les années des Non-Alignés.
Une émotion partagée, l’espoir d’un avenir
Au fil des discours, des poignées de main et des échanges chaleureux, une certitude se dégage : cette visite n’était pas un simple exercice protocolaire.
Elle est le signe qu’après 60 ans d’amitié, l’Algérie et le Vietnam veulent écrire un nouveau chapitre, plus ambitieux, plus structuré et plus humain.
Le passé les a unis.
L’avenir, désormais, les engage.
