Rafale en Inde, F-35 en Europe : le grand écart stratégique
L’annonce d’un nouvel achat de Rafale par l’Inde relance un débat stratégique majeur : pourquoi une puissance asiatique mise-t-elle sur un avion européen alors que plusieurs pays européens choisissent, eux, le F-35 américain ?
L’Inde renforce son axe stratégique avec la France
New Delhi confirme son orientation en faveur du Dassault Rafale, appareil conçu par le constructeur français Dassault Aviation. Après une première commande de 36 exemplaires en 2016, l’Inde poursuit ainsi un partenariat militaire structurant avec Paris.
Au-delà de la dimension opérationnelle, ce choix répond à plusieurs impératifs stratégiques. D’abord, la recherche d’autonomie : le Rafale échappe aux contraintes politiques d’exportation américaines et offre une plus grande marge de manœuvre diplomatique. Ensuite, la polyvalence : engagé sur plusieurs théâtres extérieurs, l’appareil a démontré sa robustesse et sa capacité d’adaptation. Enfin, l’argument industriel pèse lourd : l’Inde négocie systématiquement des transferts de technologie afin de renforcer sa base de défense nationale.
Pour New Delhi, il ne s’agit pas d’un simple contrat d’armement, mais d’un levier d’indépendance stratégique.
L’Europe divisée face au choix américain
Dans le même temps, plusieurs États européens — dont la Pologne, l’Italie et les Pays-Bas — ont opté pour le Lockheed Martin F-35 Lightning II, produit par le géant américain Lockheed Martin.
Le F-35 incarne la dernière génération d’avions de combat furtifs et s’intègre pleinement dans l’architecture militaire de l’OTAN. Pour ces pays, le choix dépasse la seule performance technique : il s’agit aussi de consolider l’alignement stratégique avec Washington, notamment dans un contexte de tensions persistantes en Europe de l’Est.
Deux visions de la souveraineté
Le contraste est frappant. L’Inde privilégie la diversification et la maîtrise de ses partenariats, tandis que certains pays européens renforcent leur dépendance technologique et stratégique envers les États-Unis.
Derrière ces décisions industrielles se dessine une réalité géopolitique plus large : l’Europe dispose d’une capacité de production militaire de haut niveau, mais peine encore à traduire cet atout en véritable autonomie stratégique collective.
