Hommage à Liamine Zeroual : l’homme discret qui guida l’Algérie dans la nuit

Arrivé dans la lumière presque malgré lui, reparti dans le silence qu’il avait toujours préféré, Liamine Zeroual laisse derrière lui l’image rare d’un dirigeant qui aura exercé le pouvoir sans jamais chercher à s’y accrocher. L’ancien président algérien s’est éteint le 28 mars à l’âge de 84 ans, refermant une page importante de l’histoire contemporaine de l’Algérie.

Dimanche, son cercueil, porté par huit militaires, est arrivé au Palais du peuple à Alger. Un hommage populaire et officiel a été rendu à celui qui, dans l’une des périodes les plus tragiques du pays, avait accepté la lourde responsabilité de diriger l’État.

Le président des années sombres

Lorsque Liamine Zeroual accède au pouvoir au milieu des années 1990, l’Algérie traverse ce que l’on appellera plus tard la « décennie noire », une guerre fratricide meurtrière qui oppose la République aux groupes islamistes armés dirigés par Abassi Madani, Ali Belhadj, Mourad Dhina et consort. Le pays est alors profondément meurtri, plongé dans la violence, la peur et l’incertitude.

Militaire de carrière, homme austère et réservé, Zeroual incarne alors une forme de stabilité. Élu président en 1995 lors de la première élection présidentielle pluraliste de cette période, il tente de ramener l’État sur les rails institutionnels et d’ouvrir des perspectives politiques malgré un contexte sécuritaire extrêmement fragile.

Son mandat reste marqué par une volonté de restaurer l’autorité de l’État tout en amorçant une sortie progressive du conflit.

Un pouvoir exercé sans culte de la personne

Contrairement à bien d’autres dirigeants, Liamine Zeroual ne cultive ni la mise en scène du pouvoir ni la longévité politique. En 1998, à la surprise générale, il annonce son départ anticipé de la présidence et organise une élection présidentielle l’année suivante.

Ce choix rare dans la région marque les esprits : il quitte volontairement le pouvoir alors qu’il aurait pu s’y maintenir.

Depuis lors, Zeroual s’était retiré de la vie politique, vivant loin des projecteurs, fidèle à son tempérament discret. Il refusait interviews, interventions publiques et commentaires sur la vie politique nationale.

Un dernier retour à la terre natale

Selon sa volonté, ses funérailles auront lieu à Batna, sa ville natale, loin des rites habituels réservés aux chefs d’État au cimetière d’El Alia à Alger. Ce choix, là encore, ressemble à l’homme qu’il était : attaché à la simplicité, à ses racines, et éloigné de toute grandiloquence.

L’histoire jugera son action, comme elle juge celle de tous les dirigeants. Mais une chose demeure : dans l’une des périodes les plus sombres de l’Algérie indépendante, Liamine Zeroual aura porté le poids d’un pays en crise avec une sobriété rare.

Il est entré dans l’histoire comme il avait gouverné : sans bruit, sans spectacle — mais avec gravité.

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