Un entretien sans détour : le président algérien bouscule les lignes sur l’identité, les femmes et l’économie
Lors de sa rencontre périodique avec la presse nationale, le chef de l’État algérien a marqué les esprits par un discours direct et inhabituel, abordant plusieurs sujets sensibles avec une franchise rarement observée au sommet de l’État. Trois axes majeurs, présentés comme inédits, ont structuré son intervention.
D’abord, revenant sur la visite historique du pape, le président a tenu à réaffirmer l’ancienneté de l’Algérie. Il a insisté sur le fait que le pays ne saurait être réduit à une construction récente, rappelant ses racines multimillénaires remontant à la Numidie, bien avant Saint Augustin. S’il a reconnu que l’écrasante majorité des Algériens est aujourd’hui musulmane, il a également souligné que la liberté de culte demeure garantie par la Constitution.
Sur la question des femmes, le président a dénoncé les idées reçues et les fausses informations, affirmant que l’Algérie « ne peut avancer sur une seule jambe ». Il a mis en avant la réussite féminine dans les lycées et universités, appelant à davantage d’efforts pour leur accès aux postes de décision. Pour la première fois, un président en exercice a déclaré sans ambiguïté que les femmes algériennes peuvent prétendre aux plus hautes fonctions, y compris celle de chef de l’État ou de Première ministre. Il s’est également prononcé en faveur de la parité plutôt que des quotas, estimant que les femmes doivent conquérir leur place. Évoquant leur rôle dans la guerre d’indépendance, il a rappelé qu’elles avaient combattu aux côtés des hommes sans que leur condition ne soit remise en question.
Sur le plan économique, le chef de l’État a annoncé un tournant stratégique : l’Algérie entend désormais mettre fin à l’exportation de matières premières brutes pour privilégier leur transformation locale. Une orientation qu’il présente comme décisive et novatrice pour l’avenir du pays.
S’agissant de l’intégration économique de l’Afrique, le président affirme que l’Algérie est résolument tournée vers le continent, non seulement en paroles, mais surtout en actes. Le pays exporte vers l’Afrique et privilégie également les importations en provenance des marchés africains.
À l’international, le président a réaffirmé la doctrine de non-ingérence de l’Algérie, notamment au sujet de la crise au Mali, rappelant que les accords d’Alger relèvent avant tout d’un processus malien. Il a également insisté sur l’indépendance diplomatique du pays : tout en qualifiant les États-Unis d’amis, il a souligné que les Algériens n’oublient pas le rôle des Américains dans l’internationalisation de la cause algérienne, portée à l’ONU. Il a toutefois clairement rejeté toute pression visant à rompre avec d’autres partenaires, réaffirmant le refus catégorique d’accueillir des bases militaires étrangères sur le sol national. L’Algérie, a-t-il rappelé, demeure un pays non aligné.
Concernant le Proche-Orient, le président a estimé que seule la reconnaissance d’un État palestinien indépendant dans les frontières de 1967 pourrait garantir une paix durable, rejetant toute « paix des cimetières ».
Enfin, il a minimisé l’impact du retrait des Émirats arabes unis de OPEP et de l’OPEP+, « C’est un non-évènement » avouera-t-il. Donc non significatif pour l’équilibre du marché énergétique.
Pars cet entretien, le chef de l’État algérien semble vouloir imposer un style plus direct et tracer de nouvelles orientations politiques, tant sur le plan interne qu’international.

