« Mon dernier combat » : à 90 ans, Louis Bulidon rend hommage à Lila Lefèvre et interpelle Ibrahim Boughali sur la mémoire des essais nucléaires
L’émotion est palpable, la détermination intacte. À 90 ans, l’ancien ingénieur chimiste du contingent et témoin direct de la catastrophe nucléaire de Béryl, à In Ekker, le 1er mai 1962, Louis Bulidon livre ce qu’il considère lui-même comme son ultime bataille pour la vérité. Une bataille qu’il ne mène plus seul.
Dans un hommage empreint de gravité et de reconnaissance, il salue le travail de Lila Lefèvre, autrice et journaliste-présentatrice avec qui il prépare un livre-confession consacré aux essais nucléaires français en Algérie. Un ouvrage qu’il considère déjà comme essentiel dans le combat mémoriel entre Alger et Paris.
« Cela est probablement mon dernier combat, et vous en êtes la pionnière Lila », confie Louis Bulidon à Lila Lefèvre, dans un message chargé d’émotion.
Lila Lefèvre, “la pionnière” d’un combat pour la mémoire
Pour Louis Bulidon, Lila Lefèvre n’est pas seulement une journaliste ou une autrice. Elle est devenue, selon ses mots, une pionnière, celle qui a accepté de porter un récit longtemps ignoré, parfois minimisé, sur les conséquences humaines et environnementales des essais nucléaires français dans le Sahara algérien.
Alors qu’un livre de témoignages et de confessions est en préparation, leur démarche devait aussi permettre de recueillir d’autres récits, de confronter les mémoires et de documenter un pan douloureux de l’histoire franco-algérienne.
Mais le temps presse
Fragilisé par l’âge, affecté par les disparitions successives de compagnons de route, Louis Bulidon sait que les témoins directs de cette époque disparaissent peu à peu. Parmi eux, son compagnon d’armes, le physicien nucléaire Raymond Sené, aujourd’hui décédé, qui n’aura jamais pu livrer entièrement son témoignage. Une rencontre était d’ailleurs en préparation avec Lila Lefevre avant sa disparition.
Un appel solennel au président de l’Assemblée nationale populaire algérienne
Dans une démarche exceptionnelle, Louis Bulidon adresse désormais un message clair au président de l’Assemblée nationale populaire algérienne, Ibrahim Boughali.
L’ancien appelé du contingent souhaite que son témoignage exclusif accordé à ATIPIK TV, ainsi que le livre en préparation avec Lila Lefevre, puissent devenir des instruments politiques et historiques au service d’une reconnaissance internationale.
Son objectif : interpeller officiellement la France sur les conséquences des essais nucléaires en Algérie, notamment sur les victimes civiles, les irradiations et les séquelles encore présentes dans les territoires sahariens.
« Je témoigne ici comme l’un des derniers témoins de la catastrophe de l’essai Béryl, à In Ekker, le 1er mai 1962. L’Algérie m’a entendu, mais mon pays, sous Emmanuel Macron, s’y est refusé. »
Des mots lourds de sens, prononcés par un homme qui estime ne plus avoir de temps à perdre.
ATIPIK TV, le seul média auquel il accorde encore sa parole
Depuis son intervention remarquée dans l’émission « Le Vrai Dialogue », enregistrée au Parlement européen le 19 février 2025, Louis Bulidon reçoit régulièrement des sollicitations pour raconter son histoire.
Pourtant, une ligne rouge demeure.
L’ancien ingénieur chimiste refuse désormais de multiplier les prises de parole médiatiques et affirme réserver sa confiance à ATIPIK TV, qu’il considère comme le seul média belge et international ayant véritablement pris le temps de le comprendre et de l’écouter.
Selon lui, les émissions diffusées sur ATIPIK TV et les articles consacrés à son parcours publiés sur ATIPIK INFO, ont permis de replacer au cœur du débat la question des essais nucléaires français en Algérie, longtemps reléguée à la marge des récits officiels.
Une reconnaissance médiatique inattendue
Autre fait notable : Louis Bulidon indique avoir appris que le média français Mediapart aurait salué les efforts menés par ATIPIK TV autour des émissions et publications consacrées à son témoignage.
Une reconnaissance qui vient renforcer, selon ses proches, l’idée qu’un débat plus large sur la mémoire nucléaire franco-algérienne demeure non seulement possible, mais nécessaire.
À 90 ans, Louis Bulidon ne parle plus d’avenir personnel. Il parle d’héritage.
Et dans ce qu’il appelle « son dernier combat », il désigne déjà celle qui devra porter la mémoire quand les témoins auront disparu : Lila Lefèvre, la pionnière.

