Louis Bulidon : L’Algérie m’a entendu, mais mon pays, sous Emmanuel Macron, s’y est refusé.
Le président de la République, Emmanuel Macron, avait inscrit dès sa campagne de 2017 la réconciliation de la France avec l’Algérie à son programme, n’hésitant pas à déclarer que la colonisation constituait un crime contre l’humanité. Neuf ans plus tard, nos deux pays traversent la crise la plus grave depuis l’indépendance de l’Algérie, en 1962.
Le dossier de la guerre d’indépendance, avec les violences et les massacres commis par l’armée française, pèse encore très lourd dans les attentes de l’Algérie, qui réclame un geste de reconnaissance au plus haut sommet de l’État concernant la responsabilité de la France pour avoir colonisé et occupé son territoire pendant 132 ans. Or, jamais les présidents de la Ve République, de gauche comme de droite, n’ont véritablement eu l’intention de répondre à cette attente, pourtant souhaitée par une partie de l’opinion.
Le chef de l’État a cru pouvoir s’affranchir de cet héritage en confiant à l’historien Benjamin Stora la mission de trouver un terrain d’entente, dans une tentative de réconciliation des mémoires entre les deux pays, à travers des gestes d’apaisement. Ce travail s’est conclu par la remise d’un rapport au président de la République en janvier 2021. Ses retombées sont toutefois restées limitées.
Benjamin Stora ne s’est pas affranchi du secret-défense, qui verrouille encore l’information sur l’utilisation du Sahara pour les essais de la bombe nucléaire voulue par le général de Gaulle, dont la communauté touarègue fut victime, exposée aux irradiations. L’historien a reconnu la nécessité de dépolluer les sites de leurs déchets radioactifs, tout en soulignant le coût très élevé d’une telle opération.
Oubliés, ces Sahariens irradiés dans leur corps comme dans leur environnement, victimes de maladies et de conséquences sanitaires transgénérationnelles. Avec le temps, les dirigeants algériens ont pris conscience de l’ampleur du préjudice causé à leur peuple par ces campagnes d’essais nucléaires, conduites au mépris de la santé et de la vie des populations sahariennes. Ils exigent avant tout de la France une forme de repentance.
Emmanuel Macron s’est défaussé de ce sujet brûlant, qu’il souhaite manifestement voir relégué au passé au plus vite. Je témoigne ici comme l’un des derniers témoins de la catastrophe de l’essai Béryl, à In Ekker, le 1er mai 1962.
L’Algérie m’a entendu, mais mon pays, sous Emmanuel Macron, s’y est refusé.

