La RDC veut reprendre le leadership de la Francophonie : la candidature de Mme Lumumba relance le débat sur l’avenir de l’OIF
La République Démocratique du Congo entend jouer un rôle central dans l’avenir de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). À travers la candidature de Mme Juliana Amato Lumumba, fille du héros de l’indépendance congolaise Patrice Emery Lumumba, Kinshasa affiche clairement son ambition : repositionner la Francophonie autour des peuples, des cultures et des aspirations communes, au-delà du simple cadre diplomatique.
Portée par une vision panafricaine et populaire de la langue française, Mme Lumumba défend l’idée d’une « Francophonie des peuples », une organisation davantage tournée vers les réalités sociales, éducatives, culturelles et économiques des populations francophones. Selon elle, la langue française ne doit pas être seulement un instrument de coopération entre États, mais un vecteur d’émancipation, de solidarité et de développement partagé.
Dans ses premières prises de parole, la candidate congolaise insiste également sur le rôle stratégique de la RDC dans l’espace francophone mondial. Avec plus de cent dix millions d’habitants et une jeunesse massivement francophone, la RDC ne veut plus être perçue comme un simple “grand pays francophone”, mais comme une véritable puissance francophone. Une ambition qui s’appuie sur le poids démographique, culturel et géopolitique croissant du pays au cœur de l’Afrique.
Cette candidature intervient dans un contexte où de nombreuses voix congolaises remettent en question la direction actuelle de l’OIF assurée par Louise Mushikiwabo. Pour une partie importante de l’opinion congolaise, il demeure difficile de comprendre que l’organisation de la Francophonie soit dirigée par une personnalité issue du Rwanda, un pays qui a progressivement fait de l’anglais la langue dominante de son administration et de son système éducatif.
Ce débat dépasse largement la seule question linguistique. Il touche à l’identité même de l’OIF, à sa cohérence politique et à sa capacité à représenter les aspirations profondes des peuples francophones, particulièrement en Afrique où se trouve désormais le principal bassin démographique de la langue française.
À Kinshasa, plusieurs observateurs estiment que le moment est venu pour la RDC de prendre les commandes d’une organisation dont elle constitue aujourd’hui l’un des piliers humains et culturels majeurs. Pour eux, la candidature de Mme Lumumba symbolise non seulement une volonté de rééquilibrage géopolitique, mais aussi un retour à une Francophonie plus proche des peuples, de la jeunesse et des réalités africaines.
Fille de Patrice Lumumba, figure historique du panafricanisme et de la souveraineté africaine, ancienne ministre de la culture, Mme Lumumba porte une candidature chargée de symboles. Son nom réveille une mémoire politique forte, celle d’une Afrique indépendante, digne et influente sur la scène internationale. Sa candidature rivalise sérieusement avec les autres candidats en lice : Louise Mushikiyabo (Rwanda), Dre Coumba Bâ (Mauritanie), Dacian Ciolos (Roumanie).
En procédant au lancement officiel de la candidature de Juliana Amato Lumumba au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ce 21 mai 2026, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka enclenche une offensive diplomatique visant à faire de la République démocratique du Congo le chef de file de la Francophonie. Alors que la compétition pour la direction future de l’OIF commence à se dessiner, la RDC semble décidée à faire entendre sa voix et à rappeler que l’avenir de la Francophonie se jouera, aussi, en Afrique.

