Polynésie et Sahara algérien : deux poids, deux mesures pour les irradiés ?
À la lecture d’un article publié par Disclose, un média francophone d’investigation, j’apprends que, le 29 janvier dernier, l’Assemblée nationale française a adopté à l’unanimité une proposition de loi historique en faveur des victimes des essais nucléaires français en Polynésie. Si elle est également votée par le Sénat, cette loi pourrait permettre à près de 15 000 personnes d’obtenir réparation.
La députée Mereana Reid Arbelot, coautrice du texte, explique à Disclose que son adoption mettrait enfin un terme à plus de soixante années de déni de la part de l’État. Fruit d’une commission d’enquête parlementaire, cette proposition vise à améliorer les conditions d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français réalisés dans le Pacifique.
Une question demeure cependant : comment admettre que l’Assemblée nationale ne se soit pas saisie de cette occasion pour élargir le dispositif aux victimes sahariennes des essais nucléaires effectués en Algérie, ainsi qu’aux militaires français, principalement des appelés du contingent, exposés à ces expérimentations ?
Rappelons le contexte. La France gaullienne a procédé à ses premiers essais nucléaires dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966. Après l’indépendance de l’Algérie, ces expérimentations se sont poursuivies en Polynésie française jusqu’en 1996. Pourquoi une telle différence de traitement dans la reconnaissance des victimes de l’atome ?
On peut y voir la volonté de l’État français de tourner définitivement la page d’un dossier particulièrement sensible. Soixante-quatre ans après la catastrophe de l’essai Béryl, la question de la reconnaissance des populations touarègues irradiées et des militaires français exposés demeure pourtant largement inachevée.
Aujourd’hui, de part et d’autre de la Méditerranée, les témoins directs de ces essais se font rares. Beaucoup ont disparu sans avoir obtenu la reconnaissance ou la réparation qu’ils espéraient. Les Sahariens ont été abandonnés à leur sort ; quant aux anciens militaires français, nombreux sont ceux qui estiment avoir été oubliés par leur propre pays.
La situation est différente en Polynésie, où des générations plus jeunes peuvent encore faire valoir leurs droits et défendre leur statut de victimes de pathologies radio-induites, notamment de cancers reconnus comme pouvant être liés aux essais nucléaires.
En France, peu de responsables politiques se sont véritablement engagés sur ce dossier. L’ancien ministre et député Hervé Morin a donné son nom à la loi d’indemnisation adoptée en 2010, première étape importante dans la reconnaissance des conséquences sanitaires des essais nucléaires français. Mais beaucoup reste à faire, notamment en matière d’accès aux archives.
La levée du secret-défense sur certains documents relatifs aux essais sahariens permettrait sans doute aux chercheurs, historiens et juristes d’établir plus précisément les responsabilités et les conséquences de ces expérimentations. Une telle démarche contribuerait à faire progresser la vérité historique et le devoir de mémoire.
On aurait souhaité que Disclose se saisisse également de cette question, afin d’éclairer l’opinion publique sur le sort des victimes algériennes et des militaires français exposés aux essais nucléaires du Sahara.

