Quand un livre sur l’Algérie, Saint Augustin et Léon XIV devient « trop spécifique » pour France 24
Le contenu de mon livre Léon XIV en Algérie, sur la terre de Saint Augustin ne serait donc pas compatible avec la ligne éditoriale de France 24.
L’histoire mérite d’être racontée.
Alors que Roselyne Febvre, rédactrice en chef de France 24 et elle-même autrice, avait recommandé mon ouvrage à certaines de ses collègues, j’ai finalement reçu une réponse pour le moins surprenante de la rédaction du Journal de l’Afrique.
La responsable de cette rédaction, Meriem Amelal-Lalmas, n’a pas répondu directement à ma proposition. C’est sa collègue et présentatrice Fatimata Wane qui m’a transmis la réponse suivante :
« Merci à vous pour la proposition mais hélas, je ne pense pas que cela entre dans notre ligne éditoriale. Le sujet est intéressant, je n’ai aucun doute sur la qualité mais pour notre public, cela est trop spécifique. Merci à vous pour votre intérêt. Bonne chance et bon courage pour la suite. »
Ainsi donc, mon livre ne correspondrait pas à la ligne éditoriale du Journal de l’Afrique de France 24 parce qu’il serait… « trop spécifique ».
Reconnaissons que l’argument a de quoi surprendre.
Car enfin, de quoi parle cet ouvrage ? D’Afrique. D’Algérie. De Saint Augustin d’Hippone, l’une des plus grandes figures intellectuelles et spirituelles du christianisme, né sur le sol africain. Du pape Léon XIV. Et de l’histoire millénaire d’un pays qui fut, durant des siècles, au carrefour des civilisations méditerranéennes.
Manifestement, évoquer positivement l’Afrique, l’Algérie, l’héritage africain de Saint Augustin ou encore les liens historiques, culturels et spirituels qui unissent ces sujets relèverait d’une spécialisation excessive pour le public du Journal de l’Afrique.
À moins que le problème ne soit ailleurs.
Pourtant, France 24 présente elle-même sa ligne éditoriale comme fondée sur plusieurs principes essentiels : le pluralisme des points de vue, l’ouverture internationale, le multiculturalisme, l’approfondissement des sujets et la diversité des analyses. La chaîne revendique également une approche destinée à refléter la richesse des cultures et des réalités du monde.
Parmi les principes qu’elle met en avant figurent notamment :
l’indépendance éditoriale et le pluralisme ;
la diversité des opinions et des analyses ;
l’approfondissement et la mise en perspective de l’actualité ;
l’ouverture aux cultures et aux réalités du monde ;
la neutralité, l’exactitude des faits et l’impartialité.
Dès lors, une question se pose.
En quoi un livre consacré à Saint Augustin d’Hippone, à son enracinement africain, à l’histoire plurimillénaire de l’Algérie et à la visite du pape Léon XIV dans ce pays serait-il incompatible avec ces principes ?
En quoi un tel sujet n’entrerait-il pas dans la ligne éditoriale d’une chaîne internationale française qui affirme précisément vouloir promouvoir la diversité des regards sur le monde ?
Je suis journaliste belge, accréditée depuis près de trente ans auprès des institutions européennes à Bruxelles. Au cours de ma carrière, j’ai interviewé de nombreuses personnalités de premier plan du monde politique, diplomatique et institutionnel européen. Comme tout auteur, je peux accepter qu’un média ne souhaite pas traiter un sujet.
Ce qui interroge davantage, c’est la justification avancée.
Faut-il comprendre qu’un sujet mettant en lumière une facette positive de l’Afrique et de l’Algérie ne trouve plus sa place dans un média international dont la mission affichée est précisément de promouvoir la diversité des regards ?
Faut-il, pour entrer dans la « ligne éditoriale », adopter un discours plus conforme à certains clichés, insister davantage sur les crises que sur les héritages, ou passer sous silence l’ancrage africain de Saint Augustin ?
Je ne prétends pas détenir la réponse.
Mais lorsque l’on explique qu’un livre consacré à l’Afrique est « trop spécifique » pour le Journal de l’Afrique, il devient difficile de ne pas s’interroger sur le sens réel de cette justification.
Au-delà de mon cas personnel, c’est une question plus large qui mérite d’être posée : celle de la place accordée aux récits qui mettent en valeur l’histoire, la culture, le patrimoine spirituel et les contributions intellectuelles du continent africain dans les grands médias internationaux.
Et cette question, elle, me semble tout sauf spécifique.
Cette expérience me conforte davantage encore dans la pertinence de médias qui revendiquent une véritable ouverture sur le monde et sur la diversité des récits historiques.
Je pense notamment à Atipik TV, la télévision belge francophone internationale, dont la devise, « Pour voir le monde tel qu’il est », traduit une ambition essentielle : traiter les grandes questions de l’actualité internationale de manière équilibrée, sans hiérarchiser les peuples, les cultures ou les mémoires, et donner à chaque pays de l’espace francophone la place qu’il mérite.
Au fond, la réponse qui m’a été adressée par France 24 me conforte dans l’idée que ce livre est nécessaire.
Car si raconter l’histoire de Saint Augustin d’Hippone, rappeler son enracinement africain, évoquer l’histoire plurimillénaire de l’Algérie et s’intéresser à la portée symbolique d’une visite pontificale en terre africaine devient un sujet considéré comme « trop spécifique », alors c’est sans doute que ce récit mérite d’être davantage entendu.
Mon livre est aujourd’hui disponible sur Amazon et fera prochainement l’objet d’une réédition en Algérie, en français et en arabe classique. Je m’en réjouis particulièrement, car cette nouvelle édition permettra à un plus large public algérien, africain et francophone d’accéder à ce travail historique et journalistique.


