Sécheresse sur le Danube : l’Europe face à l’absence de gouvernance commune de l’eau
Les niveaux d’eau historiquement bas du Danube contraignent plusieurs gouvernements européens à des mesures d’urgence, révélant l’absence de stratégie contraignante à l’échelle de l’Union européenne face à la sécheresse.
La Roumanie a eu recours à des explosifs pour rediriger l’eau du Danube vers la centrale nucléaire de Cernavodă, tandis que la Hongrie a coulé des barges et entamé la construction d’un seuil sur le lit du fleuve près de la centrale de Paks, afin de maintenir l’approvisionnement en eau de refroidissement de ces installations.
Ces deux sites revêtent une importance stratégique majeure pour leurs pays respectifs : la centrale de Paks fournit environ 40 % de l’électricité consommée en Hongrie, tandis que celle de Cernavodă assure un cinquième de la production électrique roumaine.
Un bassin partagé par 19 pays, une gestion fragmentée
Le bassin du Danube s’étend sur 19 pays et soutient une multitude d’usages : transport fluvial de marchandises, alimentation en eau potable, agriculture, industrie, production hydroélectrique et nucléaire. Malgré cette interdépendance, la gestion des épisodes de sécheresse reste répartie entre les autorités nationales, les organismes de bassin fluvial et des règles européennes dont l’application demeure peu contraignante.
Des mesures unilatérales qui inquiètent les pays situés en aval
Des experts mettent en garde contre le risque que des solutions prises unilatéralement par certains États n’aggravent la situation des pays situés en aval du fleuve, en affectant les niveaux d’eau, le transport des sédiments et les écosystèmes fluviaux. La Bulgarie figure parmi les pays qui redoutent des conséquences sur leur approvisionnement en eau potable.
Une stratégie européenne encore largement volontaire
Bruxelles dispose d’une stratégie de résilience de l’eau (Water Resilience Strategy), mais une grande partie des outils qu’elle prévoit reste de nature volontaire, sans caractère obligatoire pour les États membres. Cette crise met en évidence la nécessité, selon plusieurs observateurs, de doter l’Union européenne d’une gouvernance transfrontalière de l’eau réellement contraignante, à mesure que les effets du changement climatique s’intensifient sur les grands fleuves européens.

