Mongolie : après la COP17, l’Europe au chevet de la steppe
Pour un éleveur mongol, le dérèglement climatique a un nom : le dzud. Ce phénomène, un hiver extrême qui suit un été de sécheresse, a tué des millions de bêtes. Au moment où Oulan-Bator accueillait en août la conférence de l’ONU sur la désertification, l’Union européenne a profité de la scène pour annoncer de nouveaux financements. Le bilan est utile, mais encore loin de l’ampleur du problème.
Les chiffres donnent la mesure. Environ un tiers de la population dépend du pastoralisme et près de 77 % des terres du pays sont dégradées. Plus de sept millions d’animaux ont été perdus en 2023 et 2024, à cause de sécheresses estivales suivies de dzuds. La température moyenne a augmenté de 2,1 °C en soixante-dix ans, et la pression du surpâturage aggrave la dégradation des prairies.
La conférence elle-même a donné un résultat mitigé. Elle s’est achevée le 28 août avec près de 650 millions de dollars d’engagements financiers nouveaux, mais sans accord sur un cadre pour renforcer la résilience à la sécheresse. La présidence mongole a toutefois présenté un « Agenda d’action pour la steppe » et la Déclaration mondiale des pasteurs, qui réclame de meilleurs droits fonciers. La prochaine conférence aura lieu en Égypte en 2028.
L’Union européenne, elle, est arrivée avec un dossier déjà ouvert. Le partenariat forestier a été signé en novembre 2022, lors de la COP27, par Ursula von der Leyen et le président mongol Ukhnaagiin Khurelsukh. À Oulan-Bator, il a pris une forme plus concrète. Le 24 août, la Banque européenne d’investissement et le gouvernement mongol ont signé une lettre d’intention portant sur un financement pouvant atteindre 100 millions d’euros pour la foresterie durable, avec jusqu’à 19 millions d’euros de subventions et de garanties de l’UE en complément. Le texte précise que tout financement reste soumis à l’évaluation interne de la banque. Il s’agit donc d’une intention, pas d’un prêt signé.
D’autres annonces ont suivi. L’UE a présenté Thrivelands, un programme de 20 millions d’euros pour restaurer les terres arides, et soutenu le lancement de la version 2.0 de la taxonomie mongole de la finance durable. Côté privé, LVMH a organisé un événement sur l’approvisionnement durable en cachemire mongol. Le détail est révélateur : le cachemire est l’un des rares produits non miniers que la Mongolie vend en Europe.
Ce n’est pas la première intervention européenne sur ces terres. La BEI a signé le plus important financement de son histoire en Mongolie pour lutter contre la dégradation et le surpâturage des prairies, en soutenant des villes bas carbone et l’agro-industrie locale.
Reste la question de l’énergie, qui conditionne l’ensemble. Le charbon domine la production d’électricité : en 2018, 93 % de l’électricité venait de centrales thermiques, et le pays importe de l’électricité de Russie et de Chine, faute de capacités suffisantes. L’ouest du pays dépend en grande partie des importations russes. L’Europe tente d’y répondre : le protocole d’accord de la BEI signé en 2025 vise jusqu’à un milliard d’euros pour les énergies renouvelables et les réseaux électriques. La BERD travaille aussi à moderniser le réseau de transport d’électricité, dont le projet Choir-Sainshand financé par l’UE.
Ces montants restent modestes face à l’enjeu. À la COP17, l’UE a elle-même rappelé un déficit de financement estimé à 278 milliards de dollars par an pour la gestion durable des terres arides. Les engagements annoncés en Mongolie ne couvrent qu’une infime partie de cet écart, et plusieurs ne sont encore que des intentions.
L’Europe a toutefois un avantage : elle propose une relation à long terme, fondée sur les forêts, les prairies et l’énergie, qui contraste avec la logique d’extraction. Pour les éleveurs de la steppe, le test sera simple : voir, dans les années qui viennent, si ces annonces se traduisent en arbres plantés, en pâturages restaurés et en hivers moins meurtriers.
Dossier spécial MONGOLIE
Les articles du dossier
1. Mongolie : le pays qui cherche un « troisième voisin » entre la Russie et la Chine.
2. Minerais critiques : l’eldorado mongol de l’Europe est-il réel ?
3. Enclavée entre deux géants : le casse-tête logistique de la Mongolie.
4. Après la COP17, l’Europe au chevet de la steppe.
5. Ce qui peut faire dérailler le partenariat.
L’essentiel en chiffres
Indicateur Donnée
Population de la Mongolie 3,5 millions d’habitants fin 2024
Cadre juridique Accord-cadre de partenariat et de coopération (APC), signé à Oulan-Bator le 30 avril 2013
Commerce bilatéral (2024) 1,1 milliard d’euros, soit 4 % du commerce mongol
Rang de l’UE 3e partenaire commercial de la Mongolie, derrière la Chine et la Russie
Poids de la Chine (2023) 84 % des exportations mongoles, contre 1,1 % pour l’UE
SGP+ accordé depuis 2015 ; utilisé pour 15 % des exportations mongoles vers l’UE en 2024
Dernier Comité mixte 24e réunion, à Bruxelles, le 29 juin 2026
Prochains rendez-vous Comité mixte à Oulan-Bator en 2027 ; 19e réunion interparlementaire à Bruxelles en 2027
Chronologie
Date Événement
- Août 1990 James Baker, secrétaire d’État américain, parle des États-Unis comme du « troisième voisin » de la Mongolie.
- 1989 Début des relations diplomatiques UE-Mongolie (35e anniversaire célébré en 2024).
- 1993 Accord de commerce et de coopération économique entre la CEE et la Mongolie.
- 30 avril 2013 Signature de l’accord-cadre à Oulan-Bator.
- 2015 La Mongolie obtient le statut SGP+.
- 1er novembre 2017 Entrée en vigueur de l’accord-cadre, qui remplace celui de 1993.
- Novembre 2022 Signature du partenariat forestier, en marge de la COP27.
- 3 septembre 2024 Vladimir Poutine est reçu à Oulan-Bator sans être arrêté, malgré le mandat de la CPI.
- 2 et 4 avril 2025 7e dialogue sur les droits de l’homme, puis Comité mixte à Oulan-Bator.
- 27 octobre 2025 Forum d’affaires et d’investissement UE-Mongolie.
- 29 juin 2026 24e Comité mixte à Bruxelles.
- 17-28 août 2026 COP17 de la désertification à Oulan-Bator.
Glossaire
Troisième voisin. Doctrine mongole : nouer des relations avec des puissances éloignées pour ne pas dépendre uniquement de la Russie et de la Chine, ses deux voisins directs.
APC (accord de partenariat et de coopération). Texte qui encadre la relation UE-Mongolie : dialogue politique, commerce, développement durable.
SGP+. Régime commercial préférentiel de l’UE pour les pays en développement qui respectent des conventions internationales. Il suspend les droits de douane sur environ 66 % des lignes tarifaires de l’UE.
De-risking. Réduction des dépendances stratégiques, notamment envers la Chine, sans rompre les échanges.
Critical Raw Materials Act. Règlement européen visant à sécuriser l’approvisionnement en matières premières critiques.
Global Gateway. Stratégie d’investissement de l’UE dans les infrastructures et la connectivité hors d’Europe.
Dzud. Hiver mongol extrême qui décime le bétail, souvent après un été de sécheresse. Plus de sept millions d’animaux ont été perdus en 2023 et 2024.
Documents officiels
• Communiqué du 24e Comité mixte UE-Mongolie, juin 2026
• Fiche du SEAE sur l’accord-cadre de partenariat et de coopération
• Communiqué du Comité mixte à Oulan-Bator, avril 2025
• Mongolie et le SGP+ (GSP Hub)
• Décision du Conseil sur l’accord-cadre, Parlement européen

