Mongolie-UE : ce qui peut faire dérailler le partenariat

Minerais, routes, forêts : les quatre premiers volets de ce dossier montrent pourquoi l’Europe s’intéresse à la Mongolie. Reste à dire ce qui pourrait freiner cette relation. Les obstacles viennent de la géographie, de la politique mongole, mais aussi de Bruxelles.

Le premier tient à la taille des voisins. Jusqu’à 90 % des exportations mongoles sont absorbées par la Chine, et le pays dépend presque entièrement de la Russie pour ses carburants raffinés. Cette dépendance se lit dans les gestes diplomatiques. Poutine a été reçu à Oulan-Bator en septembre 2024 sans être arrêté, malgré le mandat de la Cour pénale internationale. Le Premier ministre mongol de l’époque a rencontré Poutine à Vladivostok en septembre 2025, et l’actuel chef du gouvernement, alors président de son parti, a vu Dmitri Medvedev près de Moscou en février 2026. La Mongolie dit vouloir un « troisième voisin », mais elle continue d’entretenir ses deux premiers.

La pression de Pékin est un autre risque. L’exemple le plus cité date de 2016 : le gouvernement chinois avait pris des mesures de rétorsion après la visite du dalaï-lama en Mongolie. Un analyste du Centre européen de politique recommande à l’UE d’aider Oulan-Bator à faire face à ce type de vulnérabilité, par exemple en partageant l’expérience du Japon et de la Corée du Sud.

À cela s’ajoute l’instabilité politique intérieure. En juin 2025, le Premier ministre Luvsannamsrain Oyun-Erdene a démissionné après avoir perdu un vote de confiance, à la suite de manifestations contre la corruption. Son successeur, Gombojavyn Zandanshatar, a démissionné le 27 mars 2026, dans un contexte de tensions au sein du parti au pouvoir et de boycott du Parlement par l’opposition. Nyam-Osor Uchral est devenu le troisième Premier ministre en neuf mois. Il a lui-même mis en garde contre trois crises qui se superposent : la hausse des prix mondiaux du carburant, la volatilité des matières premières et les divisions politiques internes.

Pour les investisseurs européens, le message est clair. L’arrivée de Uchral intervient alors que les investisseurs étrangers s’inquiètent de l’instabilité politique, des changements fréquents de politique et d’une réputation de corruption et d’imprévisibilité réglementaire. Depuis 2021, le pays a aussi reculé dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Dans le secteur minier, des controverses environnementales persistent, notamment autour d’Oyu Tolgoi, qui a suscité des critiques tant internationales que locales.

Les limites ne sont pas toutes à Oulan-Bator. L’Europe a elle-même tardé à s’intéresser au pays. En trente-cinq ans de relations diplomatiques, la Mongolie n’a pas figuré très haut dans l’agenda européen, et seuls quelques États membres y ont une ambassade. Le Centre européen de politique estime que l’UE a accordé peu d’attention à la Mongolie dans ses stratégies pour l’Asie centrale et l’Indo-Pacifique.

Les dossiers concrets avancent lentement. Les négociations sur un accord de protection des indications géographiques ont commencé en 2022. Les deux parties disent vouloir les conclure en 2026. Sur les visas, le Parlement européen a demandé à la Commission et au Conseil d’ouvrir des négociations, mais rien n’est encore signé. Quant aux minerais, un partenariat sur les matières premières critiques reste une possibilité, pas une réalité. Enfin, le commerce penche nettement du côté européen : en 2023, l’UE a exporté 742 millions d’euros vers la Mongolie et en a importé 123 millions.

La conclusion de l’analyse européenne mérite d’être citée dans l’esprit : l’UE ne devrait pas fonder un futur partenariat stratégique sur des attentes irréalistes, mais rester consciente des contraintes géographiques et du choix logique de la neutralité. Autrement dit, la relation avancera si elle reste patiente.

Les prochains rendez-vous diront si l’élan est réel : le Comité mixte se réunira à Oulan-Bator en 2027, tout comme la réunion interparlementaire à Bruxelles. D’ici là, trois signaux sont à surveiller : la conclusion de l’accord sur les indications géographiques, l’ouverture des discussions sur les visas, et la signature définitive du prêt européen pour la foresterie.

Dossier spécial MONGOLIE

Les articles du dossier

1. Mongolie : le pays qui cherche un « troisième voisin » entre la Russie et la Chine. 

2. Minerais critiques : l’eldorado mongol de l’Europe est-il réel ? 

3. Enclavée entre deux géants : le casse-tête logistique de la Mongolie. 

4. Après la COP17, l’Europe au chevet de la steppe. 

5. Mongolie-UE : ce qui peut faire dérailler le partenariat

L’essentiel en chiffres

Indicateur Donnée

  • Population de la Mongolie 3,5 millions d’habitants fin 2024
  • Cadre juridique Accord-cadre de partenariat et de coopération (APC), signé à Oulan-Bator le 30 avril 2013
  • Commerce bilatéral (2024) 1,1 milliard d’euros, soit 4 % du commerce mongol
  • Rang de l’UE 3e partenaire commercial de la Mongolie, derrière la Chine et la Russie
  • Poids de la Chine (2023) 84 % des exportations mongoles, contre 1,1 % pour l’UE
  • SGP+ accordé depuis 2015 ; utilisé pour 15 % des exportations mongoles vers l’UE en 2024
  • Dernier Comité mixte 24e réunion, à Bruxelles, le 29 juin 2026
  • Prochains rendez-vous Comité mixte à Oulan-Bator en 2027 ; 19e réunion interparlementaire à Bruxelles en 2027

Chronologie

Date Événement

Août 1990 James Baker, secrétaire d’État américain, parle des États-Unis comme du « troisième voisin » de la Mongolie.

1989 Début des relations diplomatiques UE-Mongolie (35e anniversaire célébré en 2024).

1993 Accord de commerce et de coopération économique entre la CEE et la Mongolie.

30 avril 2013 Signature de l’accord-cadre à Oulan-Bator.

2015 La Mongolie obtient le statut SGP+.

1er novembre 2017 Entrée en vigueur de l’accord-cadre, qui remplace celui de 1993.

Novembre 2022 Signature du partenariat forestier, en marge de la COP27.

3 septembre 2024 Vladimir Poutine est reçu à Oulan-Bator sans être arrêté, malgré le mandat de la CPI.

2 et 4 avril 2025 7e dialogue sur les droits de l’homme, puis Comité mixte à Oulan-Bator.

27 octobre 2025 Forum d’affaires et d’investissement UE-Mongolie.

29 juin 2026 24e Comité mixte à Bruxelles.

17-28 août 2026 COP17 de la désertification à Oulan-Bator.

Glossaire

Troisième voisin. Doctrine mongole : nouer des relations avec des puissances éloignées pour ne pas dépendre uniquement de la Russie et de la Chine, ses deux voisins directs.

APC (accord de partenariat et de coopération). Texte qui encadre la relation UE-Mongolie : dialogue politique, commerce, développement durable.

SGP+. Régime commercial préférentiel de l’UE pour les pays en développement qui respectent des conventions internationales. Il suspend les droits de douane sur environ 66 % des lignes tarifaires de l’UE.

De-risking. Réduction des dépendances stratégiques, notamment envers la Chine, sans rompre les échanges.

Critical Raw Materials Act. Règlement européen visant à sécuriser l’approvisionnement en matières premières critiques.

Global Gateway. Stratégie d’investissement de l’UE dans les infrastructures et la connectivité hors d’Europe.

Dzud. Hiver mongol extrême qui décime le bétail, souvent après un été de sécheresse. Plus de sept millions d’animaux ont été perdus en 2023 et 2024.

Documents officiels

• Communiqué du 24e Comité mixte UE-Mongolie, juin 2026

• Fiche du SEAE sur l’accord-cadre de partenariat et de coopération

• Communiqué du Comité mixte à Oulan-Bator, avril 2025

• Mongolie et le SGP+ (GSP Hub)

• Décision du Conseil sur l’accord-cadre, Parlement européen

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