Après l’attentat de Trappes, CNews sera-t-elle supprimée de l’audiovisuel français ?
Déposée en juin sur le site de l’Assemblée nationale, une pétition réclamant le retrait de CNews de la TNT a connu un regain spectaculaire après l’attentat raciste de Trappes. La chaîne du groupe Canal+ se retrouve une nouvelle fois au cœur de la polémique, à quelques mois de l’élection présidentielle.
Une mobilisation éclair
Intitulée « Supprimer CNews de l’audiovisuel français », la pétition a été déposée le 10 juin 2026 par Lucas Massoni sur la plateforme de l’Assemblée nationale. Son objectif : obtenir le retrait de la convention TNT de la chaîne, propriété de Vincent Bolloré, et à terme sa fermeture. Son auteur y qualifie CNews de « machine de propagande ».
Restée longtemps confidentielle, elle a explosé en quelques jours. Elle comptait environ 45 000 signatures le mercredi 28 octobre, plus de 100 000 le lendemain, et près de 210 000 le vendredi 30 octobre en fin d’après-midi, portée par un fort partage sur les réseaux sociaux.
Le choc de Trappes
Ce regain intervient une semaine après l’attentat qui a frappé Trappes et La Verrière, dans les Yvelines, le 23 octobre. Un homme circulant en voiture a ouvert le feu sur des passants, tuant Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans originaire de République démocratique du Congo, et blessant sept autres personnes.
Le suspect, Kévin T., 39 ans, a été mis en examen par un juge antiterroriste pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante de racisme. Selon le procureur national antiterroriste Olivier Christen, il a reconnu avoir ciblé des personnes « de type musulman ou africain ou nord-africain » et avoir choisi Trappes, qu’il considérait comme un « repaire d’islamistes ». Il a déclaré avoir voulu « venger » des commerçants dont les boutiques avaient été dégradées lors des manifestations du 17 octobre.
Emmanuel Macron a dénoncé un attentat commis « sur la base d’une idéologie raciste ». Pour le maire de Trappes, Ali Rabeh, cette haine « ne vient pas de nulle part » et a été nourrie par la répétition de discours visant les minorités. C’est dans ce climat que de nombreux internautes ont mis en cause la ligne éditoriale de CNews.
Une chaîne déjà sous surveillance
CNews n’en est pas à sa première polémique. La chaîne a été sanctionnée à plusieurs reprises par le régulateur de l’audiovisuel, l’Arcom (anciennement CSA), notamment par une amende record de 200 000 euros en 2021. Ses détracteurs lui reprochent de privilégier l’opinion à l’information et de stigmatiser les minorités ; ses défenseurs y voient une chaîne qui donne la parole à une partie de l’opinion délaissée par les autres médias, et dénoncent dans la pétition une atteinte à la liberté d’expression.
Et maintenant ?
La pétition ne peut pas, à elle seule, fermer la chaîne : seule l’Arcom a le pouvoir de retirer une autorisation de diffusion. Ayant franchi le seuil des 100 000 signatures, elle est transmise à la commission des affaires culturelles de l’Assemblée. Pour qu’un débat, sans vote, puisse être organisé en séance publique, il lui faudrait atteindre 500 000 signatures, réparties sur au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer.
Quelle que soit son issue, la mobilisation révèle une France profondément divisée sur le rôle des médias dans la montée des tensions, à l’approche de la présidentielle de 2027.