Capture de Nicolás Maduro : les BRICS et la Turquie dénoncent une rupture majeure de l’ordre international
La capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis, telle que rapportée par plusieurs médias internationaux, et l’annonce de Washington de vouloir superviser la transition politique au Venezuela ont provoqué une onde de choc au sein des pays des BRICS, rapidement rejointe par une réaction critique de la Turquie. Pour ces puissances du Sud global et acteurs émergents, l’événement dépasse largement le cadre latino-américain et constitue une atteinte grave aux principes de souveraineté, de non-ingérence et de multilatéralisme.
Une lecture convergente : souveraineté et droit international en cause
Malgré des intérêts et des postures diplomatiques différentes, BRICS et Turquie partagent une analyse commune :
la capture d’un chef d’État en exercice par une puissance étrangère, en l’absence d’un mandat clair des Nations unies, représente une rupture majeure avec les normes du droit international et crée un précédent dangereux pour la stabilité mondiale.
Cette lecture s’inscrit dans une critique plus large de l’unilatéralisme et renforce l’argument, porté depuis plusieurs années par ces pays, en faveur d’un ordre mondial multipolaire fondé sur des règles communes.
La Russie : condamnation ferme et alerte stratégique
Moscou a dénoncé une action illégale et provocatrice, estimant qu’elle ouvre la voie à une banalisation des changements de régime imposés par la force. Alliée politique et énergétique de Caracas, la Russie voit dans cette opération une justification supplémentaire pour accélérer la consolidation d’alliances alternatives et réduire la dépendance aux mécanismes dominés par l’Occident.
La Chine : stabilité, multilatéralisme et non-ingérence
La Chine a réagi avec un ton mesuré mais ferme. Pékin appelle au respect strict de la souveraineté des États et rappelle que toute transition politique doit se faire dans un cadre multilatéral, sous l’égide des Nations unies.
Sans soutenir le bilan politique de Nicolás Maduro, la Chine met en garde contre les conséquences déstabilisatrices d’un changement de régime imposé de l’extérieur, tant pour l’Amérique latine que pour l’équilibre international.
Le Brésil : malaise régional et rejet de l’intervention
Le Brésil, puissance clé d’Amérique latine et membre fondateur des BRICS, exprime un malaise diplomatique évident. Si Brasilia a souvent critiqué la gouvernance de Maduro, les autorités brésiliennes rappellent que l’histoire du continent est marquée par des interventions étrangères aux conséquences durables.
Le Brésil estime qu’une transition crédible au Venezuela ne peut être ni militaire ni administrée par une puissance extérieure, mais doit résulter d’un processus politique interne accompagné internationalement.
L’Inde : prudence et inquiétude systémique
New Delhi a adopté une posture de prudence, rappelant l’importance du droit international et des mécanismes multilatéraux. Pour l’Inde, la capture de Maduro pose une question centrale : celle de la sécurité juridique des États non alignés dans un système international de plus en plus polarisé.
Cette position reflète l’attachement indien à l’autonomie stratégique et à la stabilité globale.
L’Afrique du Sud : solidarité avec le Sud global
Pretoria a dénoncé une atteinte grave aux principes de non-ingérence, soulignant que les interventions extérieures présentées comme des solutions démocratiques ont souvent conduit, dans le passé, à l’effondrement des États et à des crises humanitaires durables.
L’Afrique du Sud inscrit cette affaire dans une réflexion plus large sur la nécessité de rééquilibrer la gouvernance mondiale.
La Turquie : condamnation politique et rejet de l’ingérence
La Turquie a réagi de manière claire, dénonçant une violation de la souveraineté vénézuélienne et mettant en garde contre un précédent dangereux. Ankara, qui entretient des relations politiques et économiques étroites avec Caracas depuis plusieurs années, estime que le changement de pouvoir par la force étrangère est inacceptable, indépendamment des divergences idéologiques avec le dirigeant concerné.
Les autorités turques rappellent que la stabilité internationale repose sur le respect du droit international et affirment que les crises politiques doivent être résolues par le dialogue, non par des opérations militaires extraterritoriales. Cette position s’inscrit dans la doctrine turque de refus des interventions unilatérales, particulièrement sensible dans un contexte régional déjà instable.
Un front élargi face à l’unilatéralisme
L’association des réactions des BRICS et de la Turquie révèle l’émergence d’un front diplomatique élargi contestant la légitimité de l’action américaine. Pour ces États, la question vénézuélienne est indissociable :
• de la souveraineté énergétique,
• de la réforme des institutions internationales,
• et du refus d’un monde gouverné par la loi du plus fort.
La réaction conjointe des pays des BRICS et de la Turquie à la capture de Nicolás Maduro met en lumière une fracture profonde entre l’Occident et une large partie du monde émergent. Sans soutenir politiquement le régime vénézuélien, ces pays rejettent unanimement la méthode employée et dénoncent un précédent susceptible d’affaiblir durablement le droit international.
Au-delà du Venezuela, cette crise apparaît comme un moment révélateur du basculement vers un ordre mondial multipolaire, où la contestation de l’unilatéralisme devient un axe central des relations internationales.
