Dubaï agonise-t-elle ?
Missiles iraniens, départs d’expatriés et désormais un drame en plein vol : l’émirat encaisse les chocs les uns après les autres.
Le 30 septembre, le vol Flydubai FZ1073 reliant Dubaï à Tel-Aviv a frôlé la catastrophe : en plein ciel, le copilote a poignardé le commandant de bord avant d’être maîtrisé par des passagers et des membres d’équipage. L’avion a dû se poser en urgence en Arabie saoudite. Ce drame survient dans un émirat déjà fragilisé.
Depuis le 28 février, date à laquelle Israël et les États-Unis ont lancé leur guerre contre l’Iran, Dubaï vit un réveil brutal. Pour riposter, Téhéran a visé les pays du Golfe, et tout particulièrement les Émirats arabes unis, frappés presque chaque jour. Les chiffres donnent le vertige : au 1er avril, selon le ministère émirati de la Défense, l’Iran avait tiré vers les Émirats 438 missiles balistiques, 2 012 drones et 19 missiles de croisière.
La défense antiaérienne a intercepté la grande majorité de ces tirs. Mais les débris ont tout de même fait trois morts à Dubaï et Abou Dhabi, et endommagé des hôtels de luxe, des gratte-ciel, le port et l’aéroport de Dubaï, pourtant le premier au monde pour le trafic international. Pour une ville qui se présentait depuis des années comme une oasis ensoleillée, sûre et sans impôts, le choc est profond.
L’économie en ressent les effets. Selon l’analyste Robert Mogielnicki, les frappes ont créé une forte pression économique, d’autant que les expatriés représentent 90 % de la population. Le tourisme régional souffre lui aussi : au début du conflit, le Conseil mondial du voyage et du tourisme estimait ses pertes au Moyen-Orient à 515 millions d’euros par jour. Certains experts observent par ailleurs une nette hausse des hommes d’affaires qui envisagent de s’installer ailleurs, à Singapour ou à Milan.
Les autorités n’ont pas tardé à réagir. Dès le 10 mars, elles ont réuni des centaines de chefs d’entreprise pour éviter une fuite des capitaux et des investisseurs. Elles misent aussi sur de grands chantiers : une nouvelle ligne de métro de 9,3 milliards de dollars et 15 milliards de contrats pour agrandir l’aéroport. Selon le même expert, l’avis dominant reste d’ailleurs que l’économie émiratie résiste bien.
C’est dans ce climat que tombe l’affaire Flydubai. La compagnie a suspendu ses vols vers Israël, alors qu’elle avait ouvert en 2020 la toute première liaison régulière entre Dubaï et Tel-Aviv, symbole des accords d’Abraham. Après les missiles, c’est maintenant la sécurité de ses propres avions qui est mise en question. Or l’aviation est l’un des piliers de la réussite de Dubaï.
Alors, Dubaï agonise-t-elle ? Il est trop tôt pour le dire. L’émirat a déjà surmonté la crise financière de 2009 et la pandémie, et il peut compter sur d’importantes réserves et sur le soutien d’Abou Dhabi. Mais l’accumulation des chocs, entre la guerre, l’image de sécurité écornée, les départs d’expatriés et ce drame aérien, montre la fragilité d’un modèle fondé sur la confiance. Et la confiance se perd bien plus vite qu’elle ne se regagne.
Au-delà du fait divers, l’incident du vol FZ1073 sert de révélateur. Il montre une région déstabilisée par la guerre contre l’Iran, et un Dubaï qui doit prouver, plus que jamais, qu’il reste le havre de stabilité sur lequel il a bâti sa prospérité. C’est très loin d’être gagné !

