Idriss Aberkane, la peur des sanctions et l’instrumentalisation des Franco-Algériens

Idriss Aberkane a récemment diffusé une vidéo au ton alarmiste affirmant que les Franco-Algériens, et jusqu’à la diplomatie algérienne elle-même, courraient un risque sérieux de sanctions européennes dès lors qu’ils exprimeraient une opinion critique ou non alignée sur la guerre en Ukraine. Selon lui, toute prise de parole s’écartant de la narration euro-atlantiste exposerait automatiquement ses auteurs à une accusation de pro-russisme.

Cette affirmation ne relève ni de l’analyse géopolitique ni de l’information. Elle s’inscrit dans une logique de mise en scène anxiogène fondée sur la peur.

Sur le plan juridique comme politique, l’argumentaire avancé est faux. L’Union européenne ne sanctionne ni des communautés, ni des nationalités, ni des opinions générales. Les régimes de sanctions européens ciblent exclusivement des individus précisément identifiés, sur la base de critères juridiques stricts, après une décision formelle du Conseil de l’Union européenne. Agiter la menace d’une répression collective contre les Franco-Algériens constitue donc une désinformation manifeste.

Cette rhétorique revient également à présenter la diplomatie algérienne comme naïve, vulnérable ou manipulable, ce qui traduit une profonde méconnaissance de son fonctionnement réel. L’Algérie n’a jamais construit sa politique étrangère sur l’affect ou l’alignement idéologique, mais sur une doctrine constante fondée sur la défense de ses intérêts souverains.

L’un des points les plus problématiques de la prise de parole d’Idriss Aberkane concerne Jacques Baud. Il le présente comme un prétendu ami de l’Algérie, laissant entendre que ses positions exposeraient indirectement l’État algérien à des sanctions. Cette affirmation est factuellement infondée. Jacques Baud n’entretient aucun lien officiel ou officieux avec les institutions algériennes. Il n’a été qu’un invité ponctuel dans quelques émissions de débat, au même titre que de nombreux analystes étrangers régulièrement invités sur les plateaux algériens. Assimiler ces apparitions médiatiques à une proximité stratégique relève soit de l’ignorance, soit d’une manipulation délibérée.

La diplomatie algérienne, pour sa part, maintient des relations avec l’ensemble des grandes puissances et acteurs internationaux. Elle dialogue avec les États-Unis et l’Union européenne, coopère avec la Chine, entretient des relations avec la Russie, échange avec l’Ukraine et développe des partenariats avec l’Inde et les pays africains. Parler d’un alignement idéologique pro-russe de l’Algérie ne repose sur aucun fait vérifiable et révèle une méconnaissance totale de sa politique étrangère par Idriss Aberkane .

La question centrale devient alors celle des motivations réelles d’Idriss Aberkane. Depuis plusieurs années, celui-ci relaie des thèses favorables aux narratifs russes sous couvert d’anti-conformisme intellectuel, avec des dérives complotistes largement documentées. Son agitation actuelle ressemble moins à une tentative de protection des Franco-Algériens qu’à une inquiétude personnelle face aux mécanismes de sanctions européens.

Contrairement à ce qu’il laisse entendre, l’Union européenne ne sanctionne pas des opinions isolées. Elle agit dans un cadre juridique précis, fondé sur la Politique étrangère et de sécurité commune, visant des individus dont l’activité de propagande est jugée récurrente, structurée et alignée sur une stratégie d’influence étrangère. Les précédents sont clairs et documentés. Les sanctions déjà prononcées ne concernent jamais des peuples, des communautés ou des États tiers, mais exclusivement des personnes nommément désignées.

En tentant de se poser en lanceur d’alerte, Idriss Aberkane révèle surtout sa méconnaissance du droit européen des sanctions, sa panique personnelle face à d’éventuelles conséquences juridiques et son mépris implicite pour la rationalité diplomatique algérienne.

Les Franco-Algériens ne sont pas en danger. La diplomatie algérienne sait parfaitement ce qu’elle fait. Et l’Union européenne ne sanctionne pas des populations, mais des agents d’influence identifiés.

Le reste relève du théâtre, de la peur et de la diversion.

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