Leila Chahid, la voix de la Palestine à Bruxelles s’est éteinte
La disparition de Leila Chahid laisse un vide immense, à la mesure de son engagement et de sa voix singulière. Figure incontournable de la diplomatie palestinienne en Europe, elle s’est éteinte en laissant derrière elle une trajectoire marquée par la dignité, la ténacité et une fidélité constante à la cause qu’elle incarnait.
Bruxelles, capitale de son combat diplomatique
C’est à Bruxelles que Leila Chahid a donné toute l’ampleur de son talent politique. Nommée déléguée générale de la Palestine auprès de la Belgique, du Luxembourg et de l’Union européenne dans les années 1990, elle a fait de la capitale européenne le théâtre principal de son action. Pendant plus d’une décennie, elle a sillonné les couloirs feutrés des institutions européennes, porté la voix palestinienne face aux chefs d’État, aux commissaires et aux parlementaires.
«À l’Union européenne, elle n’était pas seulement une diplomate parmi d’autres. Elle était une présence. Une silhouette élégante, un regard déterminé, une parole claire, ferme, souvent vibrante d’émotion contenue.», dira Véronique de Keyzer , ancienne Eurodéputée belge.
Dans les périodes les plus sombres du conflit israélo-palestinien, elle intervenait inlassablement dans les médias belges et internationaux, expliquant, contextualisant, plaidant pour une paix juste.
Bruxelles est devenue pour elle bien plus qu’un poste diplomatique : un ancrage, une tribune, un lieu d’influence. Elle y a tissé des réseaux solides, noué des alliances politiques, convaincu au-delà des clivages. Elle avait compris que la bataille diplomatique se jouait autant dans les chancelleries que dans l’opinion publique.
Paris, l’autre scène diplomatique
Avant et parallèlement à Bruxelles, c’est à Paris que Leila Chahid a également marqué les esprits. Déléguée générale de la Palestine en France, elle a su installer une présence politique forte au cœur d’un pays historiquement engagé dans le débat proche-oriental.
À Paris, elle a multiplié les rencontres avec responsables politiques, intellectuels et acteurs culturels, imposant une ligne à la fois ferme et ouverte au dialogue. Elle intervenait régulièrement dans les médias français, où sa maîtrise parfaite du français, de l’arabe et de l’anglais impressionnait. Son aisance trilingue lui permettait de naviguer entre les mondes diplomatiques avec une autorité naturelle.
Lila Lefèvre, journaliste belge accréditée auprès de l’UE, : « Leila avait une impressionnante aisance dans le verbe , en français , en anglais et en arabe. Une parfaite trilingue, quand elle parle tout le monde se tait. » Une phrase qui résume la force tranquille de celle qui savait transformer la parole en acte politique.
Une empreinte durable
Sa mort suscite une vague d’émotion à Bruxelles et à Paris, où responsables politiques, diplomates et journalistes saluent unanimement une femme de conviction. Beaucoup rappellent son rôle déterminant dans la structuration d’un dialogue constant entre la Palestine et les institutions européennes.
Au-delà des fonctions officielles, c’est une femme profondément humaine qui s’en va. Ceux qui l’ont côtoyée évoquent sa chaleur, sa culture immense, son humour discret. Derrière la représentante diplomatique, il y avait une femme qui croyait encore, malgré tout, à la possibilité d’une paix.
Leila Chahid s’est éteinte, mais son combat demeure inscrit dans les murs de Bruxelles et de Paris. Dans les salles de réunion où elle plaidait. Dans les tribunes où elle défendait son peuple.
Sa voix s’est tue. Son écho, lui, continuera de résonner longtemps dans les capitales européennes.
