L’Europe à la traîne en Afrique du Nord : quand Washington impose ses règles en Libye et au Maroc

L’Union européenne a investi des milliards d’euros depuis des années pour renforcer ses relations avec plusieurs pays d’Afrique du Nord, dans une logique mêlant contrôle migratoire, coopération sécuritaire et lutte contre le terrorisme. Pourtant, sur le terrain diplomatique, Bruxelles semble aujourd’hui dépassée par l’activisme américain, notamment en Libye et au Maroc.

Selon nos confrères de EU Observer, en Libye, pays fracturé depuis plus d’une décennie entre autorités de Tripoli et de l’Est contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar, une dynamique de réunification politique semble émerger. Un budget unifié a récemment été adopté et une feuille de route électorale évoque un scrutin possible en février prochain. Mais cette relance institutionnelle ne serait pas principalement portée par les cadres onusiens ou européens.

Selon plusieurs sources diplomatiques, l’impulsion viendrait désormais de Washington, via l’émissaire américain Massad Boulos, dans une stratégie combinant stabilisation politique, accès aux ressources énergétiques et projection militaire. Des discussions évoquent même une architecture institutionnelle transitoire incluant des figures issues des deux camps libyens, avant des élections.

Dans le même temps, les États-Unis renforcent leur ancrage stratégique en Afrique du Nord et au Sahel, après leur retrait de certaines bases militaires au Niger. La Libye apparaît ainsi comme une option crédible pour un futur déploiement de l’AFRICOM.

Toujours selon nos confrères de EUOBSERVER, la compétition géopolitique s’étend également au Maroc. Washington a engagé un rapprochement militaire structuré avec Rabat, incluant une feuille de route sur dix ans visant à faire du royaume son principal partenaire militaire en Afrique. Ce partenariat comme le précise EUOBSERVER s’inscrit dans une relation déjà consolidée par la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, suivie d’un alignement progressif de plusieurs pays européens.

De son côté, l’Union européenne continue de multiplier les partenariats économiques et sécuritaires avec le Maroc et d’entretenir des canaux diplomatiques avec les différentes autorités libyennes. Mais cette stratégie fragmentée contraste avec une approche américaine plus directe, plus centralisée et davantage orientée vers des objectifs stratégiques à long terme.

Dans ce jeu d’influence, l’Europe, longtemps acteur central en Afrique du Nord, semble aujourd’hui reléguée au second plan, prise entre ses intérêts migratoires, ses dépendances énergétiques et une influence géopolitique en perte de vitesse.

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