Mali : la spirale d’insécurité s’aggrave, la France et l’Algérie face à leurs responsabilités régionales

Le Mali connaît une détérioration sans précédent de sa situation sécuritaire. Le nombre d’enlèvements d’étrangers par les groupes armés a atteint un niveau record au cours des six derniers mois, symptôme d’un pays où l’autorité de l’État se délite et où les organisations djihadistes étendent leur influence, du centre aux confins sahariens.

Le retrait successif de la force française Barkhane puis de la mission onusienne MINUSMA a laissé un vide stratégique que l’armée malienne peine à combler, malgré l’appui de nouveaux partenaires. Dans de vastes territoires ruraux, l’État a cédé la place à des groupes armés qui imposent leurs règles, contrôlent les routes, prélèvent l’impôt et administrent la justice. L’enlèvement devient alors un instrument politique, financier et symbolique, destiné à rappeler que le pouvoir réel s’exerce loin de Bamako.

Dans ce contexte, la question du rôle de la France et de l’Algérie ressurgit avec acuité. Longtemps piliers de la stabilisation régionale – l’une par son intervention militaire, l’autre par sa médiation diplomatique –, les deux pays se retrouvent aujourd’hui à la marge des décisions maliennes. Paris a été écarté par les autorités de transition, désireuses d’affirmer leur souveraineté ; Alger, pour sa part, voit l’accord de paix de 2015 qu’elle avait façonné se déliter sous ses yeux. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne peuvent se désintéresser du sort d’un pays dont l’effondrement ouvrirait la voie à un sanctuaire djihadiste aux portes du Maghreb et de l’Europe.

L’enjeu dépasse de loin les frontières maliennes. Une victoire durable des groupes armés remettrait en cause l’équilibre déjà fragile du Sahel, fragiliserait davantage les régimes voisins et accroîtrait les flux migratoires et les risques terroristes vers le nord du continent. En Algérie comme en Europe, la menace serait directe.

Reste à savoir si Paris et Alger, malgré leurs relations parfois heurtées, peuvent encore peser sur l’avenir du Mali. Une coopération est envisageable, mais elle suppose une volonté politique partagée et la reconnaissance que le temps perdu dans les rivalités diplomatiques profite avant tout aux groupes armés.

Alors que les enlèvements se multiplient et que l’État malien vacille, la question n’est plus de savoir si le pays peut tomber aux mains des djihadistes, mais ce qu’il adviendra de la région entière si personne n’intervient à temps.

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