Pourquoi tue-t-on en RDC, et pourquoi la communauté internationale reste-t-elle passive ?

La guerre en République Démocratique du Congo (RDC), bien qu’elle semble à première vue locale, révèle en réalité des enjeux régionaux, continentaux et géopolitiques mondiaux. Ce conflit dépasse les frontières de l’Afrique centrale, impliquant non seulement les blocs régionaux africains, mais aussi les grandes puissances occidentales et des acteurs stratégiques du nord du continent, comme le Maroc et l’Algérie.

Contexte régional : entre alliances africaines et rivalités géopolitiques

La RDC fait face à une offensive du Rwanda et de l’Ouganda, soutenus par le M23. Tandis que le gouvernement congolais cherche du soutien auprès de ses alliés de la SADC (Afrique du Sud, Tanzanie, Namibie, Burundi), le Rwanda et l’Ouganda bénéficient de l’appui discret des puissances occidentales, attirées par les ressources stratégiques du pays.

Deux blocs africains s’affrontent donc :

  • Le bloc de la SADC, qui soutient la RDC.
  • Le bloc de l’EAC (Communauté de l’Afrique de l’Est), piloté par le Rwanda et l’Ouganda.

À ce jeu, l’Afrique du Nord n’est pas en reste. Le Maroc et l’Algérie entretiennent des relations distinctes avec la RDC, reflétant des stratégies diplomatiques divergentes.

Le Maroc : un allié ambigu aux multiples facettes

Le Maroc a noué depuis les années 1970 des relations solides avec la RDC, notamment sous l’impulsion du roi Hassan II. Toutefois, certains observateurs soulignent que Rabat agit principalement comme un relais des intérêts américains, français et israéliens dans la région. Contrairement aux autres pays francophones africains, historiquement sous influence française, la RDC est un ancien territoire belge, autrefois propriété personnelle du roi Léopold II. Cette particularité historique a poussé certains acteurs internationaux à utiliser le Maroc comme levier d’influence.

En 2015, le Maroc s’est proposé de moderniser les relations entre le gouvernement et le parlement congolais par l’informatisation des systèmes administratifs. Derrière ce geste de coopération, beaucoup y voient une tentative de contrôle sécuritaire à travers le logiciel Pegasus, permettant au Maroc d’espionner les institutions congolaises au profit d’Israël et des États-Unis. Le rôle de Rabat dans la cybersécurité congolaise suscite ainsi de nombreuses interrogations.

L’Algérie : un soutien basé sur le respect de la souveraineté

À l’opposé, l’Algérie maintient une position fondée sur le respect de la souveraineté des États et le principe de non-ingérence. Les relations entre Alger et Kinshasa se sont renforcées ces dernières années, notamment en 2024, avec une volonté commune de redynamiser la coopération bilatérale.

L’Algérie a été l’un des premiers pays à fournir une aide humanitaire à la RDC lors des récentes crises. Les discussions entre les deux pays portent sur plusieurs domaines :

  • Renforcement des échanges économiques et commerciaux.
  • Collaboration dans l’intégration continentale africaine.
  • Développement de missions exploratoires pour identifier des opportunités d’investissement.

L’Algérie soutient également l’élection prochaine de la RDC comme membre non permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, preuve de la solidité de leur partenariat diplomatique. Pour Kinshasa, cette coopération est une opportunité de consolider son ancrage régional et de s’appuyer sur un allié fiable, hors des logiques d’ingérence occidentale.

Enjeux géopolitiques mondiaux : la guerre des ressources stratégiques

Le conflit en RDC est avant tout une guerre pour le contrôle des ressources minières, notamment celles du Kivu et du Katanga, indispensables aux technologies modernes (batteries pour véhicules électriques, aérospatial, électronique). Les grandes puissances, via leurs relais régionaux, se disputent le contrôle de ces richesses stratégiques.

  • Les États-Unis cherchent à limiter l’influence chinoise sur les infrastructures stratégiques, comme le corridor ferroviaire reliant Kolwezi à l’océan Indien via la Tanzanie.
  • La Chine, au contraire, soutient des projets d’intégration économique avec la RDC dans le cadre du bloc BRICS, renforçant ainsi les échanges commerciaux entre Kinshasa et ses partenaires asiatiques.

Pourquoi la communauté internationale reste-t-elle passive ?

Les intérêts économiques et stratégiques expliquent largement la passivité de la communauté internationale. Les puissances occidentales dénoncent officiellement les violences, mais elles continuent d’armer et de financer certains acteurs régionaux impliqués dans le conflit, notamment le Rwanda et l’Ouganda.

Vers une guerre longue et déterminante pour l’avenir de la RDC

Cette guerre risque de durer et de redéfinir l’équilibre géopolitique en Afrique. Pour la RDC, la victoire passe par un renforcement de ses capacités militaires, la consolidation de ses alliances stratégiques (notamment avec le bloc BRICS et l’Algérie), et une mobilisation nationale autour de la défense de son intégrité territoriale.

L’exemple de l’Angola, qui a triomphé après 26 ans de guerre civile en modernisant son armée et en renforçant ses partenariats diplomatiques, montre que la victoire est possible. Courage à la RDC ! Ce combat est crucial pour préserver la souveraineté et les ressources d’un pays au centre des convoitises internationales.

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