Quand Alger était la capitale stratégique du monde libre

À l’hôtel Saint-George, une chambre raconte l’Histoire.

Alger, janvier 2026. Dans le calme solennel d’un couloir de l’hôtel Saint-George, une plaque discrète retient l’attention. Apposée à côté de la chambre 1101, elle rappelle un fait historique majeur : le général Dwight D. Eisenhower y séjourna entre novembre 1942 et décembre 1943. Un détail en apparence. En réalité, un symbole puissant.

Car à cette période, Alger n’était pas une ville périphérique du conflit mondial, mais l’un de ses centres névralgiques.

Alger, cœur stratégique du commandement allié

Après le débarquement allié en Afrique du Nord, en novembre 1942 (opération Torch), Alger devient le quartier général des forces alliées en Méditerranée. C’est depuis la capitale algérienne qu’Eisenhower, alors commandant en chef, coordonne les opérations décisives contre les forces de l’Axe : la campagne de Tunisie, puis la préparation des débarquements en Sicile et en Italie.

Pendant plus d’un an, les décisions qui ont pesé sur l’avenir de l’Europe libre se prennent à Alger. Diplomates, chefs militaires, services de renseignement et responsables politiques y convergent. La ville devient un centre politique, militaire et stratégique de premier plan. Pour de nombreux historiens, Alger fut alors une capitale de fait du monde libre, bien avant la libération de Paris ou de Rome.

La chambre 1101, témoin silencieux de l’Histoire

À l’hôtel Saint-George, anciennement hôtel Saint-George puis El-Djazaïr, la chambre 1101 n’est pas une chambre comme les autres. Selon la plaque commémorative visible aujourd’hui, c’est là que le général Eisenhower logea durant cette période clé de la Seconde Guerre mondiale.

Ce lieu, aujourd’hui accessible et identifiable, fut à la fois un espace de repos et un point de passage stratégique, à proximité immédiate des centres de décision alliés. Cette plaque, bien réelle et vérifiable sur place, contraste avec une forme d’oubli numérique : si certaines encyclopédies en ligne mentionnent le rôle de l’hôtel comme quartier général allié, le détail précis de cette chambre n’y figure pas.

Une absence qui rappelle une réalité troublante : l’Histoire se conserve parfois mieux sur les murs que sur les écrans.

Redonner à Alger sa juste place

Filmer cette chambre, montrer cette plaque, raconter ce lieu, ce n’est pas céder au folklore ni à la nostalgie. C’est réhabiliter le rôle central d’Alger dans l’histoire mondiale du XXᵉ siècle. C’est rappeler que l’Algérie fut, à un moment décisif, au cœur de la lutte contre le nazisme et le fascisme, au centre même de la stratégie alliée.

Quand Alger était la capitale stratégique du monde libre, ce n’était ni une formule ni une exagération. C’était une réalité géopolitique.

Aujourd’hui, à l’hôtel Saint-George, la chambre 1101 en demeure l’un des derniers témoins silencieux.

Pourquoi Alger reste absente du récit d’Eisenhower

Si la Tunisie et le Maroc apparaissent naturellement dans les récits consacrés au général Eisenhower, l’absence d’Alger interroge. Car entre novembre 1942 et décembre 1943, la capitale algérienne fut pourtant le centre de gravité du commandement allié en Méditerranée.

Ce silence révèle moins un oubli qu’une hiérarchie de mémoire. Là où certaines villes sont associées à des campagnes militaires clairement identifiées ou à des conférences diplomatiques spectaculaires, Alger fut une capitale stratégique sans label officiel, rendue invisible par son statut colonial et par la complexité politique française de l’époque.

Redonner à Alger sa place ne revient pas à réécrire l’Histoire, mais à la compléter. Car sans Alger, le récit du parcours d’Eisenhower en Afrique du Nord demeure incomplet.

À un moment décisif du XXᵉ siècle, Alger fut bien plus qu’un décor : elle fut l’un des centres nerveux du monde libre.

Article réalisé sur place, à l’hôtel Saint-George, Alger.

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