Bart De Wever face à son premier bilan : une année au pouvoir sous tensions internes, déséquilibres communautaires et zones d’ombre diplomatiques
Atipik TV, télévision belge francophone à vocation internationale, annonce l’interview du Premier ministre Bart De Wever, prévue le 8 février prochain au Journal télévisé de 19h30 de la RTBF, la télévision publique belge francophone.
Cet entretien marquera un moment politique fort : le premier bilan d’un chef de gouvernement issu du nationalisme flamand, une première dans l’histoire belge récente, à la tête d’une coalition hétérogène et sous pression constante.
Une année de réformes et de crispations sociales
Sur le plan intérieur, le gouvernement De Wever revendique une ligne de rigueur budgétaire et de réformes structurelles : limitation des dépenses publiques, réforme du chômage, contrôle accru des congés maladie, encadrement strict des salaires.
Présentées comme indispensables pour redresser les finances publiques et préserver la crédibilité de la Belgique au sein de l’Union européenne, ces mesures ont cependant ravivé de profondes tensions sociales.
Grèves, mobilisations syndicales et critiques répétées de l’opposition ont jalonné l’année politique, révélant une fracture persistante entre impératifs économiques et pouvoir d’achat des citoyens, particulièrement marquée en Wallonie et à Bruxelles.
La dimension flamande : un pouvoir perçu comme déséquilibré
Au-delà des clivages sociaux, une autre inquiétude s’est installée : celle d’un déséquilibre communautaire croissant.
Bart De Wever, figure historique du nationalisme flamand, est perçu par une partie de l’opinion comme privilégiant, consciemment ou non, les intérêts de la Flandre dans les arbitrages nationaux et internationaux.
Cette perception est particulièrement forte à Bruxelles et en Wallonie, où l’on observe avec inquiétude une flamandisation progressive de certains leviers de l’État, notamment sur le plan diplomatique.
Plusieurs ambassades belges sont aujourd’hui dirigées ou structurées de manière majoritairement flamande, donnant le sentiment que la diplomatie belge tend à refléter davantage une vision régionale qu’un équilibre fédéral.
Dans un pays fondé sur des compromis communautaires délicats, cette évolution alimente un malaise politique et institutionnel profond.
Migration et sécurité : une ligne dure assumée
Sur le dossier migratoire, le Premier ministre a imposé une ligne restrictive, en cohérence avec les positions traditionnellement défendues par la N-VA et plusieurs États européens.
Le gouvernement met en avant une baisse des demandes d’asile et un renforcement de la sécurité, tandis que les ONG et une partie de la classe politique dénoncent une approche essentiellement sécuritaire, parfois déconnectée des réalités humanitaires et sociales.
Une Belgique prudente en Europe, affaiblie à l’international
Sur la scène européenne, la Belgique adopte une posture prudente, notamment sur la question des avoirs russes gelés et du financement de l’aide à l’Ukraine.
Bart De Wever insiste sur la protection des intérêts financiers et juridiques du pays, refusant toute décision susceptible d’exposer la Belgique à des contentieux majeurs.
Mais cette prudence contraste avec une politique étrangère jugée de plus en plus floue, affaiblie par des interférences partisanes et un manque de lisibilité stratégique.
Georges-Louis Bouchez : un acteur hors cadre institutionnel ?
Les critiques se concentrent notamment sur le rôle de Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement Réformateur (MR).
Très présent dans les débats sur la politique étrangère et la migration, il est accusé par plusieurs observateurs de dépasser le cadre de ses fonctions, alors qu’il ne dispose d’aucun mandat exécutif ou diplomatique.
Cette situation alimente une interrogation centrale : qui définit réellement certaines orientations stratégiques de la Belgique ?
Relations belgo-algériennes : une occasion manquée
Le dossier des relations entre la Belgique et l’Algérie illustre ces ambiguïtés.
Historiquement solides, ces relations semblent aujourd’hui en retrait, réduites à une visite jugée timide et expéditive du ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, à Alger.
Une retenue difficile à comprendre, alors que l’Algérie est un partenaire stratégique majeur dans les domaines du gaz naturel et de l’hydrogène, au moment où l’Europe cherche à sécuriser ses approvisionnements énergétiques.
Une préférence politique assumée pour le Maroc ?
Selon plusieurs sources concordantes, cette frilosité diplomatique serait en partie liée à la préférence affichée de Georges-Louis Bouchez pour un renforcement prioritaire des relations avec le Maroc.
Une approche critiquée, car la Belgique dispose des moyens diplomatiques nécessaires pour entretenir des relations équilibrées avec Rabat et Alger, sans logique d’opposition ni considérations idéologiques.
Un leadership à clarifier
L’ensemble de ces éléments nourrit une inquiétude croissante : celle d’une diplomatie influencée par des équilibres partisans et communautaires, parfois au détriment de l’intérêt national et de la cohésion fédérale.
L’interview de Bart De Wever sur la RTBF est donc très attendue.
Au-delà du bilan économique et social, le Premier ministre sera jugé sur sa capacité à rassurer Bruxelles et la Wallonie, à réaffirmer l’équilibre fédéral, à clarifier la politique étrangère belge et à rappeler la frontière entre stratégie partisane et responsabilité d’État.
Pour la rédaction d’Atipik TV, une chose est claire : dans un monde instable, la Belgique ne peut se permettre ni une diplomatie hésitante, ni un pouvoir perçu comme déséquilibré, ni des choix dictés par des logiques communautaires ou partisanes au détriment de son rayonnement international.
