Quand Sulaiman Bin Issa redevient Bruno Guillot (témoignage vidéo)

Conversion, salafisme, réseau djihadiste et apostasie : le témoignage saisissant d’un ancien imam francophone.

Bruno Guillot, anciennement connu sous le nom de Sulaiman Bin Issa, raconte son parcours hors norme : de son adolescence à Charleroi à ses années d’études religieuses au Caire et à Médine, jusqu’à son départ du salafisme. Son récit, documenté dans une vidéo réalisée par nos confrères du Figaro et développé dans son livre Adieu Sulaiman (2025), offre un regard intime sur les mécanismes d’embrigadement, les tensions internes au monde islamiste et les risques qui pèsent sur les apostats.

« Je suis devenu salafiste à 15 ans »

Né en Wallonie de parents d’origine française, Bruno Guillot avait 15 ans lorsqu’il se convertit à l’islam. Il se souvient d’amis marocains qui lui firent remettre en question la Bible et l’encouragèrent à embrasser la foi musulmane. Rapidement, il s’investit dans l’apprentissage de l’arabe : « À 16 ans et demi, je pars en Égypte. »

Sur place, il se marie. Sa femme, elle aussi convertie, adopte un comportement encore plus rigoriste — port intégral du voile, pratique stricte des prescriptions religieuses — et ensemble ils basculent dans un univers salafiste. Bruno change son apparence (kamis, barbe longue) et sa vie quotidienne pour correspondre à cette nouvelle identité.

Études religieuses et radicalisation

Après plusieurs années d’études, il devient l’un des imams francophones les plus formés de sa génération. Accepté à l’université de Médine — une institution soutenue par des financements saoudiens — il raconte s’être progressivement convaincu que la mission était d’« islamiser le monde ». Selon lui, la France, perçue comme un pays colonisateur et hostile à l’islam, devient un modèle à « récupérer » pour la mouvance.

Il explique la logique salafiste : s’inspirer des pratiques des premières générations musulmanes (les salaf), appliquer la charia et se désavouer des « mécréants ». Cette lecture littéraliste de la religion, affirme-t-il, entraîne une hostilité généralisée envers la société laïque : « Le salafiste finit par détester tout le monde. »

Des réseaux et des lieux de radicalisation

Bruno évoque des mosquées clandestines et des réunions dans des caves à Molenbeek, quartier de Bruxelles souvent cité dans les enquêtes sur la radicalisation. Il affirme y avoir croisé plusieurs convertis radicaux, et dit avoir vu Salah Abdeslam à plusieurs reprises dans une mosquée en sous-sol. Ces rencontres, dit-il, participent d’un réseau informel où se diffusent idées et relations.

Il aborde aussi, dans son témoignage, les attentats qui ont frappé la France et la Belgique — notamment ceux du 13 novembre 2015 au Bataclan et de l’aéroport de Bruxelles-Zaventem en mars 2016 — en y voyant la manifestation tragique des transformations idéologiques qu’il décrit.

Pourquoi il s’en est éloigné

En 2016, après une série d’événements qui l’ont profondément marqué, Bruno décide de quitter l’islam radical. Il cite plusieurs motifs : l’expérience du pèlerinage à La Mecque, où il dit avoir été témoin de scènes choquantes et de comportements dégradants ; des pratiques culturelles auxquelles il s’oppose ; et des incidents impliquant des propositions de mariage de sa fille de 7 ans, qui l’ont révolté.

Il raconte aussi la montée de la peur : l’apostasie, explique-t-il, est perçue par certains comme un crime grave — une fatwa peut suffire, affirme-t-il, pour déclencher des menaces. Il dit avoir reçu des lettres anonymes l’avertissant qu’on allait lui « couper la tête ». Depuis son départ, il vit sous la menace et porte le poids du rejet et de l’hostilité d’anciens proches.

Les Frères musulmans : stratégie et dissimulation

Bruno consacre une part importante de son récit à la mouvance des Frères musulmans, qu’il décrit comme plus stratégique et insidieuse : selon lui, ces mouvements utilisent la démocratie comme outil pour gagner du pouvoir, l’objectif ultime étant d’imposer la charia puis, à terme, un califat. Il alerte particulièrement sur leur capacité à dissimuler leurs intentions et à s’implanter progressivement dans les sociétés européennes.

Un témoignage et des limites

Le récit de Bruno Guillot est puissant et souvent dérangeant. Il offre un témoignage de première main sur les processus de conversion, de radicalisation et de désengagement. Il faut cependant rappeler que ce type de témoignage relève de l’expérience personnelle : certains éléments peuvent être subjectifs, amplifiés par la douleur du recul ou par la volonté de se démarquer d’un passé dangereux.

Des institutions académiques et des spécialistes de la radicalisation insistent sur la nécessité de croiser ce type de récit avec des enquêtes, des données et des analyses sociopolitiques pour comprendre les dynamiques structurelles qui favorisent l’extrémisme.

Ressources

Le témoignage intégral de Bruno a été enregistré et diffusé par nos confrères du Figaro :

Et il a rassemblé ses réflexions dans son livre Adieu Sulaiman (2025). Son histoire illustre les défis posés par les mouvements salafistes et l’importance d’une réponse qui combine prévention, renseignement et accompagnement des personnes en voie de radicalisation.

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