UE – Déploiement de l’armée algérienne au Niger : Bruxelles choisit la prudence (Vidéo)

Interrogée sur l’envoi de troupes algériennes au Niger, l’Union européenne s’en tient à une réponse mesurée. Une prudence qui en dit long sur l’équilibre délicat que Bruxelles tente de préserver au Sahel.

Vendredi lors du point de presse de midi de la Commission européenne, notre confrère Pierre Benazet, journaliste à Radio France Internationale (RFI), a interrogé Anouar El Anouni, porte-parole pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, sur la position de l’UE face au déploiement de l’armée algérienne au Niger.

Un tournant historique pour Alger

La question n’a rien d’anodin. Le Parlement algérien a voté à l’unanimité l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire au Niger afin de protéger des intérêts énergétiques, dans le cadre d’un accord bilatéral avec Niamey. Il s’agit du premier déploiement officiel de troupes algériennes à l’étranger depuis la guerre israélo-arabe de 1973. Sur le terrain, un premier convoi d’une soixantaine de camions-citernes est arrivé dans le nord du Niger fin octobre, sous escorte militaire algérienne.

Une réponse préparée, et lue

Sur la forme, le porte-parole a lu une réponse écrite. La question lui avait donc vraisemblablement été transmise avant le briefing. Rien d’inhabituel : c’est une pratique courante, d’autant plus lorsque le journaliste intervient, comme ici, par visioconférence.

Sur le fond, Anouar El Anouni a indiqué que l’UE avait « pris note » de la décision du Parlement algérien et suivait la situation de près, en attendant des précisions sur la portée, l’objectif et la base de ce déploiement. Il a réaffirmé le soutien de l’Union à tout ce qui contribue à la paix et à la stabilité au Sahel, dans le respect du droit international, de la souveraineté des États et de la protection des civils. Toute mesure de sécurité, a-t-il ajouté, doit être transparente, proportionnée et viser la désescalade. L’UE, a-t-il conclu, reste en contact avec les partenaires concernés.

Regardez ci-dessous l’échange entre Pierre Benazet et Anouar El Anouni lors du point de presse de la Commission européenne.

Pourquoi tant de prudence ?

D’abord, le déploiement repose sur un accord bilatéral et une demande de Niamey. L’UE n’a donc aucun motif juridique de le contester, d’où l’insistance sur le respect du droit international.

Ensuite, Bruxelles marche sur des œufs avec les deux capitales. Avec Niamey, les relations restent fragiles depuis le coup d’État de 2023 : fin 2024, le Niger avait exigé le départ de l’ambassadeur de l’UE. Avec Alger, partenaire gazier essentiel, l’UE entretient une relation solide qu’elle ne souhaite pas fragiliser.

Le contexte régional pèse aussi. Ce déploiement intervient alors que l’Algérie et le Maroc prolongent leur rivalité au Sahel. Prendre position reviendrait à entrer dans ce jeu.

Enfin, la dimension française n’est pas absente. Selon France 24, les soldats algériens seraient déployés à Madama, dans le nord du Niger, sur le site d’une ancienne base française de l’opération Barkhane.

Une Europe en retrait au Sahel

Reste une limite : la réponse ne dit rien de la stratégie européenne dans une région où l’Union a perdu du terrain. La mission militaire de formation de l’UE au Mali a fermé en mai 2024, et la cellule européenne de conseil pour le Sahel a cessé ses activités en janvier 2026.

En choisissant la retenue, Bruxelles évite l’incident diplomatique. Mais elle laisse ouverte une question de fond : l’Algérie est-elle désormais, aux yeux de l’UE, un partenaire de stabilité au Sahel ?

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