52 ans : Quand l’histoire de la RDC semble avancer par cycles

Il est des périodes où l’histoire d’une nation semble soudainement accélérer, comme si plusieurs décennies de transformations se concentraient en quelques années. Le destin de la République démocratique du Congo offre cette singulière impression : celui d’un pays dont les grands tournants paraissent s’inscrire dans des cycles historiques.

En 1955, lors de sa visite à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa), le roi Baudouin reçoit un accueil enthousiaste de la population. Cette visite donne alors l’image d’une colonie paisible. Le Congo est alors présenté comme une colonie modèle. Pourtant, derrière cette façade, bien que souvent étouffées dans l’œuf, les contestations grandissent depuis plusieurs décennies. Dès l’entre-deux-guerres, des figures comme Simon Kimbangu remettent en cause l’ordre colonial, annonçant les aspirations profondes du peuple congolais à la liberté.

Après près de soixante-dix ans de domination belge, les événements vont s’accélérer de manière spectaculaire. En l’espace de cinq années seulement, un système colonial jusque-là considéré comme solide s’effondre. Face aux revendications politiques de plus en plus pressantes, la Belgique engage des réformes démocratiques en vue d’une indépendance désormais inévitable. Les nouvelles institutions sont largement inspirées du modèle politique belge, avec des formations politiques souvent structurées autour d’identités ethniques ou linguistiques, une organisation qui ne correspond pas toujours aux réalités congolaises.

Le débat sur l’avenir du Congo s’intensifie dès 1955 avec la publication, par le professeur Jef Van Bilsen, du célèbre Plan de trente ans pour l’émancipation de l’Afrique belge. Mais dès 1956, l’ABAKO de Joseph Kasavubu rejette cette perspective graduelle et revendique une indépendance immédiate. Peu d’observateurs imaginent alors que cette revendication deviendra réalité quelques années plus tard. En 1958, Patrice Emery Lumumba fonde le Mouvement National Congolais (MNC), donnant une dimension nationale à la lutte politique.

Le point de bascule intervient en janvier 1959, lorsque l’annulation d’un meeting de l’ABAKO provoque de violentes émeutes à Léopoldville. Ces événements poussent le gouvernement belge à ouvrir le dialogue avec les leaders congolais. La Table ronde de Bruxelles, organisée quelques semaines plus tard, débouche contre toute attente sur une décision historique : la fixation de la date de l’indépendance du Congo.

Le 30 juin 1960, au Palais de la Nation à Kinshasa, la République démocratique du Congo devient officiellement indépendante. Cinquante-deux ans seulement après que ce vaste territoire, alors propriété personnelle du roi Léopold II, soit transféré à l’État belge (de 1908 à 1960). Ce jour-là, une nouvelle page de son histoire s’ouvrait enfin.

Aujourd’hui, un autre cycle de cinquante-deux ans semble s’achever. Depuis leur retour sur la scène mondiale, les Léopards de la RDC ont renoué avec une ambition que plusieurs générations de Congolais n’avaient connue qu’à travers les récits de leurs aînés. Leur qualification pour la Coupe du Monde de la FIFA, suivie d’un parcours remarquable jusqu’aux portes des huitièmes de finale, dépasse le simple cadre sportif. Elle symbolise le réveil d’un peuple longtemps resté spectateur des grands rendez-vous internationaux.

Comme en 1960, cette performance nourrit un même sentiment : celui d’une nation qui retrouve confiance en elle-même, reprend sa place dans le concert des nations et écrit, une fois encore, une nouvelle page de son histoire. Les cinquante-deux dernières années auront été celles de l’attente. Les suivantes pourraient bien être celles de la reconquête, de l’ambition et de l’espérance.

Les pères de l’Indépendance ont arraché la liberté des mains du colonisateur belge après cinquante-deux ans d’asservissement. Dès lors, c’est le peuple congolais dans sa grande pluralité qui tenait le stylo de son histoire. Sa responsabilité était de chérir, défendre et protéger cette indépendance chèrement acquise, non comme une date sur un calendrier que l’on célèbre inexorablement, mais véritablement comme une quête quotidienne de liberté et de développement. Nous savons ce que nous en avons fait.

De même, après cinquante-deux ans d’absence à la Coupe du Monde de la FIFA, la suite de l’histoire appartient à tout le peuple, qui doit désormais s’organiser de manière telle que cette aventure soit le point de départ d’une belle histoire, les prémisses d’un exploit.

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