J’accuse Nicolas Sarkozy et Hervé Morin
Nous apprenons que Nicolas Sarkozy s’est rendu à Lourdes pour prier aux côtés de son ami de longue date, Vincent Bolloré. On peut comprendre que ses pensées aillent à la menace d’une condamnation en appel. Mais a-t-il aussi eu une pensée pour les victimes irradiées des essais nucléaires français dans le Sahara algérien, mortes pour la France dans les souffrances du cancer ?
De 1960 à 1966, près de 2 000 personnes étaient présentes en permanence sur les sites de Reggane puis d’In Ekker. Beaucoup étaient des appelés du contingent. Tous ont été exposés aux conséquences de ces essais.
Hervé Morin, nommé ministre de la Défense et des Anciens combattants sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a signé la loi du 5 janvier 2010. Cinquante ans après les faits, cette loi devait permettre l’indemnisation des victimes françaises et algériennes, notamment au sein des communautés touarègues. Pourtant, seules quelques centaines de victimes françaises ont obtenu réparation, au terme de démarches administratives longues et éprouvantes. Du côté algérien, à ma connaissance, aucune indemnisation n’a été versée.
J’accuse Hervé Morin, ancien ministre, et Nicolas Sarkozy, alors président de la République, d’avoir manqué à leur devoir envers les irradiés. Dès la promulgation de cette loi, l’idée s’est imposée que les doses reçues par les personnels militaires et civils étaient faibles, donc sans conséquences majeures pour leur santé.
Cette présentation ne correspond pas à ce que j’ai vécu. Le 1er mai 1962, lors de l’accident du tir Béryl à In Ekker, il a été affirmé que les vents poussaient le nuage radioactif vers l’est, en direction de la Libye, épargnant ainsi les installations militaires, les zones habitées et les nomades. C’est faux.
Appelé du contingent et détaché au Service technique des armées, j’ai moi-même mesuré, depuis mon laboratoire de la base-vie, la radioactivité du nuage échappé de la montagne du Tan Affela. Son déplacement suivait un axe nord-sud, en direction de Tamanrasset, puis au-delà vers le Niger. J’en ai témoigné dans mon livre, *Les Irradiés de Béryl*, publié en 2011.
À ma connaissance, Hervé Morin ne s’est jamais réellement préoccupé de l’application effective de sa loi ni du sort des irradiés de la République. Nicolas Sarkozy lui-même, dans son discours de Constantine, a soigneusement évité d’évoquer les retombées des essais nucléaires français au Sahara algérien.
Les représentants des vétérans n’ont pas davantage été entendus. Pierre Léroy, lui aussi appelé du contingent, a rappelé qu’Hervé Morin et son directeur de cabinet n’avaient jamais accepté de les recevoir. L’entourage de Nicolas Sarkozy à l’Élysée aurait répondu que le président était trop occupé ; le lendemain, il se rendait pourtant sur la route du Tour de France.
Soixante ans après la fin des essais nucléaires français dans le Sahara algérien, je revendique, en tant que vétéran et témoin de Béryl, le droit et le devoir de dénoncer l’absence de mémoire, de considération et de scrupule de responsables de la République lorsqu’il s’agissait de respecter les irradiés de la République.

