Présidentielle 2027 : Dominique de Villepin peut-il vraiment y croire ?
Invité de BFM Politique dimanche, Dominique de Villepin a mis fin à des mois d’ambiguïté : « Je veux être candidat », a lancé l’ancien Premier ministre, confirmant son intention de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Il affirme avoir déjà recueilli « plusieurs centaines de parrainages » d’élus locaux, sur les 500 nécessaires pour être officiellement candidat. À 73 ans, l’ancien chef du gouvernement de Jacques Chirac entend porter, dit-il, une alternative fondée sur la justice sociale et la défense des principes républicains. Reste une question : dans le paysage politique actuel, a-t-il une chance ?
Un paysage dominé par le Rassemblement national
Les derniers sondages de rentrée dessinent un rapport de force sans ambiguïté. Selon l’agrégation des dernières enquêtes (Ifop, Ipsos, Elabe, OpinionWay, Harris Interactive), le Rassemblement national arrive nettement en tête des intentions de vote au premier tour, autour de 35,6 %. Une étude Ipsos bva-CESI pour Le Parisien confirme que Marine Le Pen conserve une avance très nette dans les intentions de vote, sans être pénalisée par sa situation judiciaire.
Derrière elle, le champ politique reste éclaté. À gauche, Jean-Luc Mélenchon s’affirme comme la figure la plus solide, avec un score progressant entre 15 % et 17 % selon les hypothèses de candidature. Au centre et à droite, la situation est plus confuse : une éventuelle candidature conjointe d’Édouard Philippe rassurerait 36 % des Français, juste derrière Marine Le Pen, mais la droite et le bloc central envisagent désormais d’organiser une primaire, par crainte d’une élimination dès le premier tour.
C’est dans cet espace encombré — où se pressent déjà Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau ou encore Raphaël Glucksmann côté social-démocrate — que Dominique de Villepin doit se faire une place.
Des chances électorales aujourd’hui très minces
Sur le plan strictement électoral, les chiffres ne jouent pas en sa faveur. Selon le site Sondages 2027, Dominique de Villepin est crédité en moyenne de 3,0 % des intentions de vote au premier tour, sur une quarantaine de mesures réalisées depuis avril 2025. Un score qui le maintient loin des qualifications pour le second tour et même en retrait de plusieurs figures plus installées dans le paysage partisan.
Ce chiffre reflète une réalité structurelle : sans parti solide derrière lui — son mouvement, France Humaniste, reste une formation légère — sans groupe parlementaire ni relais militant comparables à ceux du RN, de LFI ou même des Républicains, Villepin doit construire une campagne largement sur sa personnalité et son expérience d’État. C’est une stratégie qui avait déjà échoué en 2012, lorsqu’il avait dû renoncer faute de parrainages suffisants.
Son atout reste une notoriété forgée par son passage à Matignon (2005-2007) et, surtout, par son discours à l’ONU en 2003 contre l’intervention en Irak, resté un moment marquant de la diplomatie française. Mais la notoriété ne se traduit pas mécaniquement en intentions de vote, comme le montrent ses scores actuels.
Que changerait une victoire de Villepin ?
L’exercice reste hypothétique, tant l’écart avec les favoris des sondages est important. Mais le profil de Villepin donne des indications sur l’orientation qu’il chercherait à imprimer s’il accédait à l’Élysée.
Sur le plan international, son parcours de ministre des Affaires étrangères et son opposition historique à la guerre en Irak suggèrent une diplomatie plus indépendante vis-à-vis de Washington, dans la tradition gaullienne d’autonomie stratégique française, avec un accent mis sur le multilatéralisme.
Sur le plan social, la « justice sociale » qu’il revendique comme axe de campagne tranche avec les orientations plus libérales portées par une partie de l’ex-majorité macroniste, sans pour autant le rapprocher du programme économique de la gauche radicale. Villepin se positionne plutôt sur une ligne gaulliste sociale, mêlant État stratège et cohésion nationale.
Sur le plan républicain, sa mise en avant de la défense des « principes républicains » s’inscrit dans un contexte où, selon la même enquête Ipsos, les Français expriment un attachement massif à ces principes tout en doutant fortement de leur application concrète dans la société. C’est un terrain que plusieurs candidats, de tous bords, cherchent aujourd’hui à occuper.
Concrètement, une présidence Villepin romprait sans doute moins avec les équilibres institutionnels qu’une victoire du RN ou de LFI, dont les projets impliquent des ruptures plus nettes avec les politiques budgétaires, migratoires ou européennes des dernières années. Villepin incarnerait davantage une ligne de continuité républicaine, avec un infléchissement social et diplomatique, qu’une rupture de système.
Sur la scène internationale, le retour d’une ligne gaullienne
C’est sans doute sur le terrain diplomatique que la marque Villepin serait la plus lisible, tant l’homme a construit sa carrière sur cette scène-là. Ses prises de position répétées ces deux dernières années donnent une idée assez précise de l’orientation qu’il chercherait à imposer à l’Élysée.
Sur l’Ukraine, Villepin ne remet pas en cause le soutien à Kiev face à l’agression russe, mais il pousse depuis plusieurs années pour un cessez-le-feu négocié et dénonce ce qu’il appelle le « deux poids deux mesures » de la diplomatie occidentale, qui traiterait différemment les victimes civiles selon les conflits. Il plaide surtout pour que l’Europe cesse de dépendre des arbitrages américains sur ce dossier et se dote de ses propres capacités de dissuasion et de négociation.
Sur la Palestine, sa ligne est plus tranchée : il a qualifié dès l’été 2025 la situation dans la bande de Gaza de « génocide » et réclamé un cessez-le-feu immédiat, une position qui l’a rapproché d’une partie de la gauche tout en l’éloignant de la ligne prudente longtemps tenue par l’exécutif français. Une présidence Villepin laisserait présager une position française plus critique envers la conduite de la guerre par Israël, et vraisemblablement une reconnaissance accélérée de l’État palestinien.
Sur l’Iran, il s’est opposé frontalement aux frappes américano-israéliennes de 2026, les qualifiant d’« illégales, illégitimes, inefficaces et dangereuses ». Le message est cohérent avec sa doctrine de 2003 : la force ne règle pas les crises de prolifération, seule la voie diplomatique et le cadre onusien peuvent contenir Téhéran durablement.
Sur l’Algérie, il tranche avec le climat de fermeté qui domine actuellement le débat français. Il a mis en garde contre la tentation de faire d’Alger le « bouc émissaire » des difficultés migratoires françaises et plaide pour le dialogue plutôt que pour l’escalade sur les dossiers consulaires et les mesures d’éloignement. Une présidence Villepin chercherait probablement à apaiser une relation bilatérale aujourd’hui très dégradée, quitte à s’exposer aux critiques d’une partie de la droite et du RN.
Vis-à-vis de Bruxelles et de l’Union européenne, enfin, Villepin défend ce qu’il appelle un « sursaut euro-gaulliste » : une Europe puissance, capable de bâtir sa propre base industrielle de défense et de ne plus dépendre du parapluie américain, dans un contexte qu’il juge marqué par un désengagement, voire une hostilité, de l’administration Trump envers le projet européen. Il ne s’agit pas d’un projet fédéraliste classique, mais d’un renforcement de la souveraineté européenne assumé depuis Paris, une ligne qui pourrait heurter les partenaires les plus atlantistes de l’Union, mais qui séduit une partie des chancelleries inquiètes du retrait américain.
Au total, une victoire de Villepin dessinerait une France plus autonome vis-à-vis de Washington, plus critique envers Israël, plus conciliante avec Alger et plus volontariste sur la défense européenne, une rupture de ton et de méthode avec l’ère Macron, sans pour autant renier les alliances occidentales historiques de la France.
Une candidature de témoignage plus que de conquête ?
À ce stade, la candidature de Dominique de Villepin ressemble moins à une course pour l’Élysée qu’à une tentative de peser sur le débat, en particulier sur les thèmes de la justice sociale, de l’indépendance diplomatique et de la défense de l’État de droit — des sujets sur lesquels il s’exprime régulièrement dans les médias depuis plusieurs années. Sauf bouleversement majeur de la campagne, ses chances de figurer au second tour paraissent, en l’état des sondages, très limitées. Mais dans une élection où l’abstention et les recompositions de dernière minute ont, par le passé, déjoué les pronostics, rien n’est scellé à sept mois du scrutin.

