64 ans d’attente : l’Algérie confie enfin le perchoir à une femme

Une nomination historique qui brise le plafond de verre… mais qui révèle aussi les paradoxes de la place des femmes dans la vie politique algérienne.

L’image restera sans doute dans les livres d’histoire. Soixante-quatre ans après l’indépendance de l’Algérie, une femme accède pour la première fois à la présidence de l’Assemblée populaire nationale (APN), la chambre basse du Parlement. Un événement inédit qui marque une étape symbolique dans l’évolution des institutions algériennes.

Médecin allergologue de formation, Khalida Boufedeche devient ainsi la première femme à occuper le « perchoir » de l’Assemblée nationale depuis 1962. Une première qui dépasse largement le cadre protocolaire. Elle constitue un signal politique fort dans un pays où les femmes ont longtemps dû conquérir leur place dans les sphères de décision.

Pour des millions d’Algériennes, cette nomination a une portée historique. Depuis plus de six décennies, elles voyaient défiler des présidents de l’APN exclusivement masculins. Désormais, le visage de la troisième personnalité de l’État sera celui d’une femme.

Une victoire symbolique dans un contexte paradoxal

Cette avancée intervient pourtant dans un contexte qui met en lumière un paradoxe.

Les élections législatives du début du mois de juillet ont vu seulement 25 femmes être élues députées, soit 6,14 % des sièges. Une représentation en net recul par rapport aux précédentes législatures : elles étaient 38 en 2021 et 118 en 2017, année où un système de quotas favorisait une représentation féminine plus importante.

Autrement dit, jamais une femme n’avait occupé la présidence de l’Assemblée, alors même que les femmes n’ont jamais été aussi peu nombreuses dans l’Hémicycle depuis plusieurs années.

Ce contraste interroge. Comment expliquer qu’une femme puisse accéder à la plus haute fonction parlementaire alors que la représentation féminine recule dans les urnes ?

Une société traversée par des évolutions contradictoires

La réponse ne se résume pas à une seule explication.

La société algérienne a profondément évolué depuis les années 1990. Les transformations sociales, le poids des références religieuses dans une partie du débat public, certaines représentations traditionnelles des rôles entre les femmes et les hommes, ainsi que les dynamiques propres aux partis politiques influencent la place des femmes dans la compétition électorale.

Sur les réseaux sociaux, on observe également la diffusion de discours très conservateurs. Certains influenceurs ou groupes défendent une vision selon laquelle la femme devrait avant tout se consacrer au foyer, à l’éducation des enfants et à l’obéissance au mari. Ces prises de position, souvent justifiées par une interprétation religieuse, alimentent un débat de société particulièrement vif.

Parallèlement, d’autres voix, notamment parmi les jeunes générations, revendiquent davantage d’autonomie, d’égalité des chances et de participation à la vie publique. Ces deux tendances coexistent aujourd’hui dans une société en pleine mutation.

L’école donne raison aux femmes

S’il existe un domaine où le débat est quasiment clos, c’est celui de la réussite scolaire.

Depuis plusieurs années, les jeunes Algériennes dominent largement les résultats du baccalauréat. Elles sont également majoritaires dans les universités et obtiennent, en moyenne, de meilleurs taux de réussite que leurs homologues masculins dans de nombreuses filières.

Médecine, pharmacie, droit, ingénierie, médias, recherche scientifique : les femmes occupent une place croissante dans les secteurs les plus exigeants de la formation supérieure.

Ce constat pose une question essentielle : pourquoi cette excellence académique ne se traduit-elle pas encore pleinement dans la représentation politique ?

La compétence comme nouveau levier

L’accession de Khalida Boufedeche au perchoir illustre peut-être une évolution plus profonde : la montée en puissance d’une génération de femmes dont la légitimité repose avant tout sur les compétences, le parcours professionnel et l’expérience.

Dans l’administration, les universités, les hôpitaux, les entreprises publiques et le secteur privé, les femmes occupent déjà de nombreuses fonctions de responsabilité. Leur présence dans les lieux de décision progresse, parfois plus rapidement que leur représentation élective.

Le défi des prochaines années sera sans doute de réduire cet écart entre la réussite professionnelle et la représentation politique.

Une nouvelle génération pourrait rebattre les cartes

L’histoire montre que les grandes évolutions institutionnelles commencent souvent par un symbole.

En devenant la première femme présidente de l’Assemblée populaire nationale, Khalida Boufedeche ouvre une porte qui était restée fermée pendant soixante-quatre ans.

Cette nomination pourrait annoncer une nouvelle étape dans la vie politique algérienne : davantage de femmes ministres, dirigeantes d’entreprises publiques, responsables de grandes institutions, voire, à terme, Première ministre ou candidate à la magistrature suprême.

Rien n’est acquis. Les résistances demeurent réelles et les défis restent nombreux.

Mais une certitude s’impose : l’Algérie dispose d’un formidable vivier de talents féminins. Si l’école, l’université et le monde professionnel continuent de révéler cette excellence, il est probable que les plus hautes responsabilités politiques s’ouvriront progressivement à celles qui, depuis longtemps déjà, démontrent que la compétence n’a ni genre ni plafond de verre.

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