Béryl, 64 ans après : le silence sur les irradiés du Sahara
Le 1er mai dernier a marqué le triste anniversaire des 64 ans de l’essai nucléaire, baptisé Béryl, d’une bombe atomique qui échappa à tout contrôle après l’échec de son confinement dans une galerie creusée dans la montagne du Tan Affela, à In Ekker, dans le Hoggar. Les retombées d’un nuage hautement radioactif irradièrent le Sahara et sa population, sans compter les effectifs civils et militaires présents sur la base de vie dénommée camp Saint-Laurent.
Un lien de solidarité unit les victimes, tant du côté français qu’algérien. Avant et après ce 1er mai 1962, plus de 2 000 militaires et civils furent engagés dans des opérations sur le site. Si l’on s’en tient à la périphérie de la montagne, furent touchés les Harratins de cinq centres de culture, soit plusieurs centaines de personnes par village, alors qu’il est impossible de chiffrer les effectifs des nomades touaregs. Il faut y ajouter la population de Tamanrasset, qui comptait alors quelques milliers d’habitants.
Dénombrer les populations irradiées au Sahara par ce tir, au-delà de ce périmètre, semble impossible, mais elles se comptent probablement en plusieurs dizaines de milliers. Aujourd’hui, avec les flux migratoires, elles sont devenues des centaines de milliers, et Tamanrasset en témoigne avec plus de 150 000 habitants. Ces hommes et ces femmes vivent au contact d’un sable irradié pour la nuit des temps.
Côté français, il fallut attendre janvier 2010 et la loi Morin, destinée à indemniser les victimes, pour entendre, dans un reportage de France 24, les témoignages de plusieurs appelés du contingent présents au pied de la montagne le jour de Béryl. Ils clamaient leurs souffrances de malades de la radioactivité et dénonçaient le mur d’incompréhension des autorités lorsqu’il s’agissait de reconnaître la recevabilité de leurs dossiers d’indemnisation. Ces témoignages poignants sont aujourd’hui introuvables sur le site de France 24.
Où sont les témoignages des villageois abandonnés à leur sort d’irradiés, ou encore ceux des nomades, si tant est qu’ils aient pu être approchés ? La nuit de l’oubli s’est abattue sur eux, emportant avec elle la disparition de leurs droits à une indemnisation. Ces hommes et ces femmes ont laissé des enfants souffrant de maladies dont les causes peuvent être liées à la condition d’irradiés de leurs parents. Il en est, bien sûr, de même pour les Français irradiés au Sahara.
Je n’aurai cessé, en tant que témoin de Béryl, de dénoncer la culpabilité de mon pays lorsqu’il a décidé, de Gaulle jusqu’à aujourd’hui, de laisser les Français dans l’ignorance du sort réservé aux irradiés des essais nucléaires du Sahara. L’Algérie, elle aussi, a été placée devant ce mur du silence.

