Algérie, cette oubliée d’une France négationniste

Le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est rendu au Maroc en visite officielle, accompagné de dirigeants de grands groupes français venus rechercher de nouveaux contrats, notamment dans le secteur de l’armement. Cette visite marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Paris et Rabat, après la reconnaissance par la France, en 2024, de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Emmanuel Macron devrait d’ailleurs recevoir le roi Mohammed VI en visite officielle à la rentrée.

Dans le même temps, l’Allemagne accueille avec tous les honneurs le président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune. Élu en 2019, le chef de l’État algérien n’a pourtant jamais été reçu officiellement en France. Ce choix diplomatique interpelle lorsque l’on se souvient que la France et l’Algérie partagent cent trente-deux années d’une histoire commune, marquée par la colonisation puis par une guerre d’indépendance particulièrement meurtrière.

À cette mémoire douloureuse s’ajoute celle des essais nucléaires français dans le Sahara algérien. Entre 1960 et 1966, la France a réalisé dix-sept essais nucléaires sur le territoire algérien. Certains, comme l’essai Béryl, dans le Hoggar, ont entraîné des fuites radioactives qui ont contaminé militaires, personnels civils et populations locales. Les conséquences sanitaires et environnementales continuent encore aujourd’hui de susciter des interrogations et des demandes de reconnaissance.

Alors que les relations franco-algériennes traversent l’une de leurs crises les plus profondes depuis l’indépendance, marquée notamment par le rappel des ambassadeurs, aucun geste politique fort n’a été accompli pour rouvrir un dialogue fondé sur la confiance et la reconnaissance des blessures du passé. Les propos particulièrement virulents tenus ces derniers mois par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, à l’égard de l’Algérie, n’ont, par ailleurs, donné lieu à aucun désaveu public de la part du président de la République.

La France ne pourra durablement construire une relation apaisée avec l’Algérie sans regarder son histoire en face. Les mécanismes d’indemnisation prévus par la loi Morin de 2010 ont constitué une première étape, mais ils restent largement insuffisants au regard des attentes des victimes des essais nucléaires et de leurs descendants. La question n’est pas seulement juridique ; elle est aussi morale et politique.

En privilégiant ostensiblement le partenariat avec le Maroc tout en laissant s’enliser les relations avec Alger, la diplomatie française donne le sentiment d’appliquer deux poids, deux mesures à l’égard de deux pays pourtant intimement liés à son histoire. Cette stratégie, dans un contexte où les discours identitaires et les thèses de l’extrême droite gagnent du terrain, ne peut qu’éloigner davantage la perspective d’une réconciliation durable entre la France et l’Algérie.

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