Intervention militaire algérienne au Niger : quelles réactions à Bruxelles et à l’échelle européenne ?
Le 30 août 2026, quatre chasseurs Sukhoï Su-30 algériens, accompagnés d’un avion de transport et d’un ravitailleur, se sont posés à l’aéroport Diori Hamani de Niamey. Ce déploiement intervenait au lendemain d’une tentative de mutinerie contre le général Abdourahamane Tiani, à la tête du régime militaire nigérien depuis le coup d’État de juillet 2023. Il constitue la première intervention militaire aérienne de l’Algérie au Niger, et marque une inflexion dans une doctrine de non-intervention qu’Alger avait maintenue depuis son indépendance.
Cette évolution mérite d’être resituée dans le contexte plus large des positions belges et européennes à l’égard du Niger et du Sahel.
Un changement de doctrine côté algérien
L’Algérie avait condamné le coup d’État de 2023 contre le président déchu Mohamed Bazoum et s’était opposée à une intervention militaire de la CEDEAO au Niger, au nom du principe de non-ingérence. Le soutien militaire apporté trois ans plus tard à Tiani illustre une évolution de posture, que plusieurs analystes attribuent à un faisceau de facteurs : sécurisation de la frontière sud algérienne, lutte contre les groupes djihadistes actifs dans la région, protection des intérêts économiques de Sonatrach au Niger, et volonté de ne pas laisser à la seule Russie le rôle de partenaire sécuritaire de référence dans un Sahel où les forces françaises et américaines se sont retirées ces dernières années.
La position belge : une diplomatie de dialogue
Le 28 août 2026, deux jours avant l’arrivée des Sukhoï algériens à Niamey, le vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot effectuait une visite officielle au Niger, après une étape à Ouagadougou. Cette démarche faisait de la Belgique l’un des rares pays occidentaux à renouer, à ce niveau, un dialogue direct avec les autorités de transition nigériennes. Le ministre a indiqué vouloir « retisser des liens » avec le Niger et les pays de l’Alliance des États du Sahel, tout en rappelant l’ancienneté de la coopération belgo-nigérienne, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et du développement agropastoral.
Cette séquence diplomatique s’inscrit par ailleurs dans un rapprochement plus général entre la Belgique et l’Algérie amorcé depuis le début de l’année 2026, marqué par plusieurs sessions de consultations politiques et des visites ministérielles croisées. La dimension énergétique y occupe une place importante : l’Algérie est le quatrième fournisseur de gaz de l’Union européenne, et le partenariat entre Sonatrach et l’entreprise belge Fluxys est associé au terminal GNL de Zeebrugge. À ce stade, aucune déclaration officielle belge, gouvernementale ou émanant des partis de la coalition au pouvoir ou de l’opposition, ne porte spécifiquement sur le déploiement militaire algérien au Niger.
L’Union européenne : des relations dégradées avec Niamey
Aucune réaction officielle de l’Union européenne au déploiement algérien n’a pour l’heure été identifiée. Les relations entre l’UE et les autorités nigériennes sont toutefois tendues depuis le coup d’État de 2023 : les missions de coopération sécuritaire (EUCAP Sahel Niger) ont pris fin, les accords de gestion des frontières ont été dénoncés par Niamey, et une résolution du Parlement européen demandant la libération de Mohamed Bazoum a suscité une vive réaction des autorités nigériennes, qui y ont vu une ingérence dans leurs affaires intérieures.
Dans ce contexte, l’Union européenne dispose de peu de leviers directs sur l’évolution de la situation sécuritaire au Sahel, où le retrait des forces occidentales a ouvert la voie à de nouveaux partenariats, notamment avec la Russie et désormais avec l’Algérie. Cette dernière demeure par ailleurs un partenaire énergétique important pour plusieurs États membres, dont l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne, ce qui constitue un paramètre supplémentaire des relations UE-Algérie. Le projet de gazoduc transsaharien, censé relier à terme le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie, est également un élément d’arrière-plan des intérêts européens dans la région.
Par ailleurs, l’UE fait face à un casse-tête politique voire un véritable dilemme. Alors que le Parlement européen votait encore en mars 2026 une résolution exigeant la libération de l’ancien président Mohamed Bazoum, voir l’Algérie, un partenaire clé de l’UE, intervenir directement pour stabiliser le pouvoir du général Tiani force Bruxelles à une réévaluation de sa propre stratégie au Sahel comme l’indique une étude commanditée en juin 2026 par la commission AFET du Parlement européen et rédigé par Nina WILÉN, coordinatrice du Parlement européen auprès de l’Unité d’Analyse et appui aux politiques extérieures chapeautée par la Direction générale des politiques extérieures de l’Union https://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/STUD/2026/783618/EXPO_STU(2026)783618_EN.pdf
L’intervention militaire algérienne au Niger n’a suscité, à ce jour, ni condamnation ni soutien explicite de la part de la Belgique ou de l’Union européenne. La diplomatie belge privilégie une approche bilatérale de dialogue avec Niamey et Alger. L’Union européenne, de son côté, se trouve limitée dans sa capacité d’action par la dégradation de ses relations avec les autorités nigériennes depuis 2023 et par l’importance de l’Algérie comme partenaire énergétique. Cette configuration illustre plus largement la recomposition en cours des équilibres d’influence au Sahel, où les puissances régionales occupent un espace laissé vacant par le retrait progressif des puissances occidentales.

