GENOCOST : reconnaître le génocide congolais pour briser le silence
La République démocratique du Congo a commémoré, ce 2 août, le GENOCOST (« génocide pour des gains économiques »), perpétré contre son peuple depuis 1996.
Entre 12 et 20 millions de morts – un bilan macabre qui demeure imprécis et continue de s’alourdir en raison de l’omerta qui entoure ces crimes –, une crise humanitaire et sécuritaire sans précédent semble défier l’humanité et l’histoire.
Après le génocide des Juifs perpétré par le régime nazi (1939-1945) et celui des Tutsis au Rwanda (1994), on pouvait légitimement espérer que de tels crimes, commis à une telle échelle, ne se reproduiraient plus jamais. Et pourtant…
Les témoignages des survivants décrivent une cruauté qui dépasse l’entendement : des centaines de villages détruits, des milliers de femmes victimes de violences sexuelles systématiques perpétrées par une centaine de groupes armés, des pères contraints de violer leurs propres enfants, des enfants forcés de violer leurs parents, d’autres obligés, sous la menace, de manger la chair de leurs proches préalablement massacrés sous leurs yeux, des nouveau-nés violés et éventrés. En somme, l’aboutissement de l’horreur. Ce que l’homme est capable d’infliger de pire à ses semblables a été commis en République démocratique du Congo, dans un silence qui, pour beaucoup, ne peut s’expliquer que par une forme de complicité.
Si les deux génocides qui l’ont précédé continuent d’alimenter les débats sur leurs causes profondes, celui des Congolais présenterait, selon cette analyse, une motivation clairement identifiable : le profit économique. Pour favoriser l’exploitation des minerais stratégiques de la RDC, indispensables notamment à la fabrication des téléphones, ordinateurs, véhicules et trottinettes électriques, une coalition de puissances occidentales aurait d’abord favorisé la chute du régime de Mobutu, puis soutenu, de différentes manières, l’occupation rwandaise dans l’est du Congo, avant de fermer les yeux sur les crimes commis dans le cadre de cette entreprise.
Le Rwanda, qui aurait servi d’exécutant dans cette dynamique, poursuivrait également un objectif de repeuplement des territoires situés à l’est de la RDC afin d’y installer durablement une population rwandaise. À terme, cette stratégie pourrait, selon cette thèse, conduire à une revendication d’autodétermination des territoires occupés.
Le comble du cynisme réside dans le fait que, parallèlement, une partie de la communauté internationale n’a cessé de saluer le leadership du président rwandais et ses performances économiques. Selon cette lecture, cette reconnaissance occulte le coût humain de cette politique et les crimes qui l’auraient rendue possible.
La négation du génocide congolais porte également atteinte à la mémoire des génocides qui l’ont précédé. Chaque commémoration constitue une promesse adressée aux générations futures : celle de ne plus jamais laisser l’humanité sombrer dans une telle barbarie. Fermer les yeux sur un génocide revient à affaiblir cette promesse et à laisser entendre que, pour certains intérêts, l’extermination d’un peuple pourrait encore être tolérée.
Il est souvent rappelé que les ressources naturelles de la République démocratique du Congo ont largement contribué aux avancées technologiques contemporaines. Reste une question essentielle : pourquoi les Congolais auraient-ils dû payer un tribut humain aussi effroyable pour permettre ces progrès ?
Peuple reconnu pour sa joie de vivre, sa rumba et la richesse de sa culture, le peuple congolais demande aujourd’hui que ses souffrances, ses morts et ses larmes soient enfin pleinement reconnus à travers le GENOCOST.

